Les déchets plastiques étouffent les campagnes du Nord-Kivu, transformant paysages et rivières en dépotoirs à ciel ouvert. Dans le groupement de Baswagha-Madiwe, à 60 kilomètres de Beni, un sursaut citoyen redonne espoir. En marge de la clôture du mois des droits des femmes, la société civile locale a lancé, mercredi 25 mars, une semaine intense de sensibilisation à la protection de l’environnement. Ce combat écologique place les femmes au cœur de l’action, avec un objectif clair : les former à la gestion responsable et à la transformation des déchets plastiques. Une initiative qui sonne comme un signal d’alarme face à l’urgence environnementale.
Pourquoi miser sur les femmes ? Les organisateurs en sont convaincus : leur implication est un levier majeur, peut-être le plus puissant, pour inverser la courbe de la pollution en milieu rural. « Les femmes peuvent organiser des campagnes de nettoyage et former des petits groupes pour éduquer les familles sur les dangers des déchets plastiques », explique Tchetche Aliamini Musubao, président de la société civile locale. Cette vision pragmatique passe par l’intervention de spécialistes environnementaux. Leur mission ? Enseigner aux femmes comment donner une seconde vie au plastique, le transformer en objets utilitaires et ainsi jeter les bases d’une économie circulaire RDC naissante mais vitale.
Une forêt de plastique et un système à bout de souffle
Cette mobilisation met en lumière une carence criante : l’absence totale d’infrastructures de base dans le secteur de Beni-Mbau. Dans des localités comme Cantine ou Mabalako, le système décentralisé est en échec. Pas de poubelles publiques, pas de collecte organisée. Les déchets s’accumulent, envahissent les sols et asphyxient les cours d’eau. Cette gestion déchets Beni-Mbau défaillante expose les communautés à un cocktail de risques : pollution des sols, atteinte à la biodiversité locale, et surtout, risques sanitaires accrus. Les maladies liées à la prolifération des déchets guettent une population déjà vulnérable.
Face à ce tableau sombre, l’initiative de recyclage déchets plastiques Beni portée par la société civile Nord-Kivu apparaît comme une bouffée d’oxygène. Elle ne se contente pas de dénoncer ; elle propose des solutions concrètes et formatives. Cette sensibilisation environnement femmes vise à créer un cercle vertueux. En apprenant à trier, collecter et valoriser le plastique, les femmes deviennent des actrices clés de la salubrité publique et des entrepreneuses potentielles dans une filière de recyclage à construire.
L’économie circulaire, une alternative à inventer dans l’est du Congo
L’enjeu dépasse la simple propreté. Il s’agit de poser les premières pierres d’un modèle économique résilient et durable. Promouvoir une économie circulaire locale, c’est voir dans un déchet une ressource, une matière première pour créer des biens. Sacs, récipients, objets décoratifs… les possibilités sont vastes. Cette démarche réduit la pression sur l’environnement tout en créant des opportunités de revenus. Dans une région marquée par les conflits, cette quête de durabilité revêt une importance particulière.
Mais cette dynamique citoyenne peut-elle tenir sans le soutien des institutions ? La société civile lance un appel pressant aux autorités du secteur de Beni-Mbau. L’installation urgente de poubelles publiques est un prérequis minimal pour accompagner et pérenniser ces efforts de salubrité. Sans ce maillon essentiel de la chaîne, le courage des femmes et des activistes pourrait se heurter à un mur d’indifférence administrative.
La semaine de sensibilisation qui s’ouvre à Baswagha-Madiwe est bien plus qu’une campagne éphémère. C’est un acte de résistance face à la fatalité de la pollution. Elle démontre que les solutions existent, souvent à portée de main, et qu’elles passent par l’éducation et l’autonomisation des communautés, en particulier des femmes. Alors que les écosystèmes du Nord-Kivu suffoquent sous le plastique, cette initiative rappelle une évidence : protéger l’environnement, c’est aussi protéger la santé et l’avenir économique de tous. Le temps n’est plus aux discours, mais à l’action conjuguée des citoyens et des autorités. L’espoir, peut-être, se niche dans ces gestes simples de transformation qui redonnent de la valeur à ce que l’on croyait perdu.
Article Ecrit par Miché Mikito
Source: radiookapi.net
