La scène politique congolaise est rarement avare en rebondissements, mais certains épisodes frisent davantage le vaudeville que le sérieux des enjeux nationaux. Ce mercredi 25 mars, une information pour le moins surprenante a circulé dans les arcanes de Kinshasa : un groupe de cinq personnes, se réclamant de l’Alliance des Forces Démocratiques du Congo (AFDC), aurait déclaré la destitution de son président-fondateur, le sénateur Modeste Bahati Lukwebo, pour le remplacer par Otto Bahizi. Une manœuvre présentée par certains comme la suite logique de la récente démission forcée de Lukwebo de son poste de deuxième vice-président du Sénat. Cependant, cette tentative de coup de force interne ressemble à s’y méprendre à une tempête dans un verre d’eau, tant elle semble déconnectée des réalités statutaires et politiques du parti.
Interrogé par notre rédaction, le porte-parole et coordonnateur des communicateurs de l’AFDC-A, Bellarmin Byamungu, a balayé d’un revers de main cette annonce avec une fermeté sans équivoque. Qualifiant les auteurs de cette déclaration de « gens n’ayant aucune qualité », il a rappelé avec force l’autorité incontestée de Bahati Lukwebo, récemment reconduit à l’unanimité par le congrès du parti pour un nouveau mandat de cinq ans. « Bahati Lukwebo est président statutaire toute sa vie », a-t-il martelé, invoquant les textes fondateurs de l’AFDC. Cette sortie médiatique de quelques individus ne représenterait donc qu’un « non-événement », une simple « blague » qui, selon Byamungu, ne saurait être validée par le président de la République, Félix Tshisekedi, lui-même rompu aux déchirures internes des partis.
Mais au-delà du déni catégorique, cette affaire met en lumière les fissures qui peuvent traverser même les formations politiques les plus établies. Les frondeurs, en attribuant une direction provisoire à Otto Bahizi, avancent des griefs lourds contre l’actuelle gouvernance. Ils pointent une gestion opaque, un refus de consulter les cofondateurs et les cadres, et dénoncent une tendance à une gouvernance « familiale » de la part de Bahati Lukwebo. Ces accusations, si elles sont avérées, touchent au cœur des principes démocratiques que tout parti se doit d’incarner. Peut-on véritablement gérer un mouvement politique comme un pré carré personnel sans en payer un jour le prix ? La question, rhétorique, plane au-dessus de cette crise interne AFDC.
La réaction virulente du porte-parole officiel est également riche d’enseignements. En réfutant jusqu’à la qualité de cofondateur à Otto Bahizi, qualifié de « rebelle », et en s’appuyant sur le ministère de l’Intérieur comme garant des résolutions en faveur de Lukwebo, la direction légitime tente de verrouiller toute contestation par les institutions. Cette stratégie de l’étouffement administratif et médiatique est-elle suffisante pour éteindre une rébellion, même minoritaire ? L’histoire politique congolaise regorge d’exemples où des étincelles, a priori insignifiantes, ont fini par embraser tout un édifice.
Dans l’immédiat, la tentative de destitution apparaît comme un coup d’épée dans l’eau. L’autorité de Bahati Lukwebo semble solidement ancrée, renforcée par le sacre du dernier congrès et le soutien apparent des instances étatiques. Cependant, cet épisode signale une frustration palpable au sein de certaines franges de l’AFDC. Ignorer ces signaux faibles pourrait s’avérer périlleux pour l’avenir. La « blague » d’aujourd’hui pourrait-elle devenir le prélude d’une scission plus profonde demain ? La capacité de Lukwebo à rassembler et à apaiser les tensions internes sera le véritable test de sa longévité politique. Pour l’heure, le parti affiche un front uni, mais les remous en coulisses suggèrent que la paix interne est peut-être plus fragile qu’il n’y paraît. La balle est désormais dans le camp du président-fondateur : gouverner avec plus de transparence ou risquer de voir cette crise interne AFDC resurgir sous une forme plus menaçante.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
