Face à une flambée alarmante de rougeole dans l’est de la République Démocratique du Congo, une vaste opération de santé publique a été déployée à Goma. Du 16 au 22 mars 2026, une campagne de vaccination contre la rougeole a mobilisé les équipes de Médecins Sans Frontières et du ministère de la Santé. Cette intervention urgente ciblait les enfants les plus vulnérables, âgés de 6 à 59 mois, dans les zones de santé de Goma, Karisimbi et Nyiragongo. Avec plus de 269 821 jeunes vaccinés en une semaine, l’objectif était clair : endiguer la transmission d’un virus qui profite de la fragilité d’une région en crise.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes et justifient cette course contre la montre. Depuis le début de l’année 2026, la province du Nord-Kivu a enregistré plus de 6 200 cas de rougeole. Cette recrudescence s’inscrit dans une tendance à la hausse préoccupante. En 2024, 6 793 cas et 34 décès avaient été recensés. L’année 2025 a vu ce nombre presque tripler, avec 17 937 cas et 74 décès. Rien qu’entre janvier et février 2026, ce sont 6 200 nouveaux cas et 21 décès qui ont été signalés par la division provinciale de la santé. Derrière ces statistiques se cache une réalité humaine douloureuse, celle d’enfants luttant contre une maladie évitable.
La pression sur le système de santé est tangible. À l’hôpital de Kyeshero à Goma, l’adaptation a été forcée et radicale. La capacité d’accueil dédiée aux enfants souffrant de complications sévères de la rougeole est passée d’une dizaine de lits à 50, avec une possibilité d’extension jusqu’à 68. Cette multiplication par cinq des lits spécialisés illustre l’ampleur de l’afflux de patients. Comment en sommes-nous arrivés là ? Plusieurs facteurs se conjuguent pour expliquer cette propagation rapide.
Premier élément crucial : une rupture de vaccins entre décembre 2025 et février 2026 a considérablement entravé les activités de vaccination de routine. Pendant près de trois mois, de nombreux enfants n’ont pas pu recevoir cette protection essentielle, créant une fenêtre de vulnérabilité idéale pour le virus. Par ailleurs, l’insécurité chronique dans la région provoque des déplacements constants de populations. Ces familles en mouvement ont un accès extrêmement limité, voire inexistant, aux points de santé fixes. Enfin, les conditions de vie précaires – malnutrition, promiscuité, manque d’eau potable – affaiblissent les défenses immunitaires des enfants et font le lit de la maladie.
Mais qu’est-ce que la rougeole, et pourquoi suscite-t-elle une telle inquiétude ? Il s’agit d’une infection virale parmi les plus contagieuses au monde. Pensez à un rhume qui se propagerait aussi vite qu’une traînée de poudre. Elle se transmet par les gouttelettes respiratoires et touche principalement les jeunes enfants. Si les symptômes initiaux (fièvre, toux, éruption cutanée) sont graves, le vrai danger réside dans les complications. Pneumonies, encéphalites (inflammations du cerveau), cécité ou diarrhées sévères peuvent survenir, surtout chez les enfants malnutris ou non vaccinés. Dans un contexte comme celui du Nord-Kivu, où l’accès aux soins est difficile, ces complications sont souvent fatales.
La campagne de vaccination menée à Goma est donc une bouée de sauvetage. En vaccinant massivement, on crée une « immunité de groupe » qui protège même ceux qui ne peuvent pas être vaccinés pour des raisons médicales. Chaque injection administrée est un rempart contre la propagation et un espoir de vie sauvegardée. Parallèlement aux injections, des activités de sensibilisation ont été menées auprès des communautés. Expliquer l’importance du vaccin, rassurer sur sa sécurité et encourager les parents à faire vacciner leurs enfants sont des étapes clés pour garantir l’adhésion et l’efficacité à long terme de la lutte.
La situation dans l’est de la RDC reste néanmoins extrêmement fragile. Les épidémies de rougeole y sont récurrentes, alimentées par un cocktail explosif : conflits, déplacements, pauvreté et systèmes de santé débordés. La campagne vaccination Nord-Kivu de mars 2026 est une réponse vitale, mais elle ne peut être qu’un pansement sur une plaie béante. Une solution durable nécessite un approvisionnement stable en vaccins, un renforcement des structures de santé et une amélioration des conditions de vie des populations.
Que peuvent faire les parents et les communautés face à cette menace ? La vigilance est de mise. Reconnaître les premiers signes de la rougeole – forte fièvre, toux, conjonctivite, puis éruption – et consulter immédiatement un centre de santé peut sauver des vies. Mais surtout, la priorité absolue reste la vaccination. Elle est le moyen le plus sûr et le plus efficace de protéger les enfants. Alors que Médecins Sans Frontières RDC et les autorités sanitaires continuent leur combat, chaque famille a un rôle à jouer pour briser la chaîne de transmission et mettre fin à ce cycle infernal d’épidémies.
Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd
