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Mukwege dénonce les pressions pour une révision constitutionnelle après les démissions au Parlement

Dans un contexte politique congolais où les remous institutionnels se multiplient, la récente démission de Vital Kamerhe et Modeste Bahati Lukwebo de leurs postes au sein des bureaux des deux chambres du Parlement a suscité une réaction cinglante d’une figure morale de premier plan. Le Dr Denis Mukwege, Prix Nobel de la Paix, a publié lundi une déclaration officielle dénonçant une « dérive au sommet de l’État » et un « malaise profond » lié à la liberté d’expression. Ce coup de semonce, loin d’être un simple commentaire, sonne comme une alarme sur l’état de la démocratie et les tensions larvées entourant le débat sur une éventuelle révision constitutionnelle en RDC.

L’intervention du Dr Denis Mukwege pointe du doigt ce qu’il qualifie d’« inversion des rôles » au cœur des institutions. Selon lui, le législatif, censé contrôler l’exécutif, subirait en réalité des pressions de ce dernier. « Les parlementaires sont sous pression au lieu d’exercer leur rôle de contrôle », a-t-il affirmé, dressant un constat sévère sur l’équilibre des pouvoirs. Cette analyse rejoint les inquiétudes de nombreux observateurs qui voient dans les démissions récentes au Parlement RDC le symptôme de luttes d’influence bien plus larges, centrées sur la possibilité de modifier la Loi fondamentale pour des intérêts de circonstance.

Mais au-delà du diagnostic, le message du lauréat du Nobel est un appel direct à la responsabilité des élus du peuple. Comme l’explique Marius Mubalama, analyste socio-politique proche de Mukwege, il s’agit d’une « interpellation directe à la dignité des élus ». En pleine période où la nation fait face à une agression extérieure sur son territoire, ouvrir un front interne autour d’un débat constitutionnel aussi clivant représente, selon cette lecture, un risque majeur de division. Les députés sont-ils encore les représentants de la souveraineté populaire, ou sont-ils devenus les pions d’une machination plus vaste ? La question, rhétorique et brutale, plane sur l’hémicycle.

La déclaration prend une tournure plus incisive encore lorsqu’elle s’adresse directement au chef de l’État. Denis Mukwege exhorte le Président Félix Tshisekedi à ne pas céder aux sirènes de ceux qu’il nomme les « tambourinaires » politiques. Ce terme évocateur désigne ces conseillers et acteurs qui, selon l’accusation, privilégient des agendas personnels et des calculs à court terme au détriment de l’intérêt supérieur de la Nation. L’analyse de Marius Mubalama enfonce le clou en rappelant un précédent historique troublant : certains de ces mêmes « tambourinaires » auraient poussé l’ancien président Joseph Kabila vers une démarche similaire de changement constitutionnel, pour finalement l’abandonner. « Ils reviennent encore aujourd’hui pour mettre des bâtons dans les roues du président Tshisekedi en lui proposant la même démarche », prévient-il, soulignant ainsi un schéma récurrent de manipulation des sommets de l’État.

Cette mise en garde publique et solennelle place le pouvoir exécutif face à un dilemme stratégique considérable. Le président Tshisekedi joue-t-il son crédit et sa légitimité en flirtant avec une réforme constitutionnelle portée par des acteurs controversés ? L’échec d’une telle initiative, ou même son simple lancement dans un climat de défiance, pourrait en effet fragiliser durablement sa majorité parlementaire déjà ébranlée et alimenter un récit d’instabilité. Le spectre d’une fracture au sein de la coalition au pouvoir, voire d’une rupture avec des figures clés, n’est plus une hypothèse abstraite.

En définitive, l’intervention du Dr Mukwege transcende l’analyse ponctuelle d’une crise parlementaire. Elle pose une question fondamentale sur la trajectoire politique de la RDC : le pays va-t-il prioriser l’unité nationale et le renforcement de ses institutions dans une période critique, ou va-t-il s’engager dans un processus de révision constitutionnelle perçu par beaucoup comme une manœuvre de conservation du pouvoir ? Les prochains jours au Parlement RDC et dans les cercles du pouvoir seront décisifs. La balle est désormais dans le camp des élus, sommé de choisir entre la docilité envers les « tambourinaires » et la défense de la dignité de leur mandat. La crédibilité de toute la classe politique congolaise est en train de se jouer dans ce feuilleton institutionnel.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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