Un vote quasi unanime de 301 députés nationaux a scellé, ce mardi à l’Assemblée nationale, le destin d’une opération statistique aux allures de projet de société. Ce plébiscite parlementaire en faveur du deuxième recensement général de la population et de l’habitat en RDC n’est pas qu’un simple acte procédural. Il traduit une rare convergence des volontés politiques autour d’un impératif technique dont les ramifications touchent à la souveraineté même de l’État en matière de planification. Mais au-delà de ce front commun affiché, quels sont les véritables enjeux derrière ce plébiscite, et surtout, la RDC est-elle prête à assumer les conséquences politiques des données qui en découleront ?
L’audition de la Sous-Secrétaire générale des Nations Unies, le docteur Diene Keïta, Directrice exécutive du Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA RDC), a offert le cadre solennel de cette mobilisation. Son discours, dense et technique, a balisé les contours d’un partenariat où l’expertise internationale vient en appui à la souveraineté nationale. En réaffirmant l’engagement « ferme » de l’UNFPA à accompagner toutes les étapes du processus, Mme Keïta a distillé un message subtil : la garantie de crédibilité et de transparence passe aussi par un œil extérieur. Une assurance nécessaire pour rassurer des bailleurs, mais qui pourrait, en filigrane, interroger sur la capacité intrinsèque des institutions congolaises à piloter seules une telle machinerie.
L’Assemblée nationale audition recensement a ainsi servi de tribune pour présenter cet exercice comme le socle incontournable de toute gouvernance éclairée. Le discours de Diene Keïta a insisté sur la transformation des chiffres en leviers d’action : valorisation du dividende démographique, capture du potentiel de la jeunesse, amélioration des indicateurs de santé. Derrière le jargon technique se cache un argument politique puissant : sans données fiables, les politiques publiques ne sont que des actes de foi. Le gouvernement joue donc gros sur la réussite de cette opération, dont l’échec ou les résultats controversés pourraient durablement fragiliser sa crédibilité en matière de pilotage du développement.
La lecture, par le Rapporteur Jacques Djoli, d’une recommandation à l’Exécutif et d’une résolution aux députés, a institutionnalisé cet élan. Ces actes non législatifs transforment l’ardeur du jour en feuille de route contraignante. La balle est désormais dans le camp du gouvernement, qui devra traduire ce consensus politique en moyens budgétaires et logistiques à la hauteur des ambitions affichées. L’UNFPA apporte son carnet d’adresses et son savoir-faire, mais la responsabilité première du succès ou de l’échec incombe aux autorités congolaises. Le risque est celui d’une belle mécanique statistique butant sur les réalités du terrain : insécurité, enclavement, et défiance d’une population parfois méfiante envers les recensements.
Le large vote des députés, s’il constitue un signal fort, ne doit pas masquer les écueils à venir. Un recensement général de la population est une opération à haut risque politique. Il redessine la carte démographique, influence la répartition des ressources et, in fine, les équilibres de pouvoir. La transparence promise sera-t-elle à toute épreuve face aux tentations de manipulation des chiffres à des fins électoralistes ou de représentation ? La volonté politique exprimée dans l’hémicycle résistera-t-elle aux contraintes financières et aux pesanteurs administratives ?
En conclusion, cette séance plénière a acté le passage de la RDC d’une planification intuitive à une ambition de gouvernance basée sur la preuve. Le partenariat avec l’UNFPA offre un parapluie technique et une caution internationale indispensables. Cependant, le vrai test commence maintenant. La mise en œuvre du deuxième recensement général sera le miroir de la maturité politique et administrative du pays. Elle révèlera sa capacité à mener à bien un projet structurant qui, au-delà des chiffres, définira la vision de son avenir démographique et économique pour les décennies à venir. Les députés ont voté ; l’Exécutif est maintenant attendu au tournant des réalités.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
