Sous les lustres étincelants du Salon Congo du Pullman Grand Hôtel Kinshasa, une nuit de mars s’est transformée en célébration vibrante de l’âme congolaise. Le vernissage de l’ouvrage « La culture sauve les Peuples » de Myoto Liyolo a rassemblé une mosaïque d’artistes et d’intellectuels, dans un hymne collectif à la puissance fédératrice de l’art. Dès les premières notes, l’air s’est chargé d’une énergie palpable, mêlant les résonances des tam-tams aux murmures pensifs, créant une toile sonore où chaque performance – musique, slam, théâtre, danse – devenait un pinceau sur la fresque vivante de la culture congolaise. Cette immersion sensorielle n’était pas un simple prélude ; elle était le fondement même d’une soirée dédiée à explorer comment les expressions artistiques peuvent tisser des liens indéfectibles au sein d’une société.
Au cœur de cet événement, la voix de Myoto Liyolo a résonné avec une clarté particulière lors de la lecture d’extraits de son œuvre. Son texte, tel un fleuve aux multiples méandres, parcourt les paysages de la mémoire collective pour affirmer avec force que la culture n’est pas une relique du passé, mais un souffle vital. Il pose une question essentielle : la culture congolaise, dans sa diversité étourdissante, peut-elle véritablement servir de rempart contre les fractures sociales et de boussole pour les générations futures ? L’auteure y répond par l’affirmative, dépeignant la culture comme un ciment social, un vecteur de transmission qui dépasse le folklore pour toucher à l’essence même de l’être-ensemble. Son plaidoyer, lu devant un public conquis, a insufflé une dimension réflexive à la soirée, transformant le Salon Congo en une agora moderne.
L’intervention de Judith Suminwa Tuluka a ensuite élevé le débat d’un cran, apportant une résonance politique et philosophique aux propos de l’auteure. Dans un discours empreint de conviction, elle a souligné que la culture « dépasse le simple héritage » pour devenir « une énergie » dynamique, capable de relier les individus et de soutenir les sociétés face aux défis contemporains. Ses mots, soigneusement choisis, ont tracé un pont entre la création artistique et la construction nationale, insistant sur le rôle de la culture comme pilier invisible mais fondamental de la cohésion. Cette prise de parole a renforcé le message central du livre de Myoto Liyolo, illustrant comment la vision d’une artiste peut trouver écho dans le discours d’une figure publique, créant ainsi une synergie rare et puissante.
Le baptême officiel de l’ouvrage « La culture sauve les Peuples » a ensuite cédé la place à un geste symbolique d’une grande portée : l’inauguration du « Mur des Gardiens de la Culture ». Cette initiative, telle une stèle contemporaine, vise à honorer celles et ceux qui, dans l’ombre ou la lumière, œuvrent à la préservation et à la promotion du patrimoine culturel congolais. Chaque nom inscrit sur ce mur raconte une histoire de résistance, de passion et de dévotion, rappelant que la sauvegarde de l’identité est un combat de tous les instants. Dans un pays où les récits sont parfois fragmentés, ce mur se dresse comme un témoignage concret de l’engagement collectif, une promesse gravée dans le temps.
La soirée s’est achevée dans la douceur des échanges, lors d’une séance de dédicace où Myoto Liyolo a pu partager des moments privilégiés avec les participants. Les sourires, les discussions animées et les exemplaires du livre signés ont créé une intimité rare, prolongeant la magie des heures précédentes. Autour d’un cocktail mettant en valeur les saveurs de la gastronomie locale, les conversations ont fusé, des réflexions sur l’avenir de la culture congolaise aux projets de collaborations futures. L’atmosphère était à la fois festive et recueillie, comme si chacun repartait avec une étincelle nouvelle, une conviction ravivée quant au pouvoir transformateur de l’art.
Finalement, ce vernissage à Kinshasa n’était pas qu’un simple lancement de livre ; il fut une déclaration d’amour à la culture sous toutes ses formes. En réunissant la plume de Myoto Liyolo, la voix de Judith Suminwa Tuluka et la créativité débordante d’artistes locaux, l’événement a tracé une voie : celle où la culture n’est plus perçue comme un ornement, mais comme le cœur battant d’un peuple. Dans une République Démocratique du Congo en perpétuelle mutation, de tels rassemblements rappellent que l’identité se nourrit de ces moments de partage, où le passé dialogue avec le présent pour inventer un avenir commun. La culture, en effet, sauve les peuples en leur offrant un miroir pour se reconnaître et une boussole pour avancer, ensemble.
Article Ecrit par Yvan Ilunga
Source: Actualite.cd
