Imaginez-vous emprunter le boulevard Lumumba à Lubumbashi. Votre regard est accroché non par l’architecture ou la verdure, mais par une forêt de panneaux publicitaires de toutes formes et de toutes tailles. Certains obstruent carrément la vue des intersections. « C’est un vrai casse-tête. Ces grandes enseignes cachent parfois les feux tricolores ou les panneaux de signalisation. On se sent en insécurité permanente », témoigne Papy, un chauffeur de taxi-moto qui parcourt la ville du matin au soir. Ce sentiment d’anarchie visuelle et de danger, partagé par de nombreux habitants et usagers, est au cœur de la nouvelle offensive lancée par l’hôtel de ville. Lubumbashi, la capitale du cuivre, est-elle enfin en train de se débarrasser de son image de ville sauvage où tout est permis ?
Le constat des autorités est sans appel : le secteur de l’affichage urbain à Lubumbashi est devenu une zone de non-droit. La prolifération de panneaux installés sans autorisation, le non-respect criant des normes de sécurité élémentaires et la multiplication des autorisations périmées ont fini par porter atteinte à l’esthétique et, plus grave, à la sécurité publique. Cette situation, que beaucoup dénonçaient depuis des années, a poussé la mairie à sortir le grand jeu. L’opération ville propre et organisée, menée sous l’impulsion de la maire ad interim, Joyce Tunda Kazadi, marque un tournant. S’agit-il d’une simple opération de nettoyage ou d’une réelle volonté de réformer en profondeur la gestion de l’espace public ?
Pour répondre à ce défi, une commission mixte a été mise sur pied, associant les services techniques de la mairie et la Division provinciale de l’Habitat. Sa mission est aussi vaste que complexe : procéder à un recensement exhaustif de tous les supports publicitaires dans la ville, auditer leur conformité aux règles d’urbanisme et de sécurité, et statuer sur leur maintien ou leur démantèlement. Les opérateurs économiques du secteur – agences de publicité, annonceurs, propriétaires de terrains – sont sommés de régulariser leur situation dans les plus brefs délais. Le message est clair : la période de laisser-faire est révolue. Seuls les dispositifs ayant reçu une autorisation valide et respectant scrupuleusement les normes pourront continuer à occuper l’espace public de Lubumbashi.
La détermination affichée par Joyce Tunda Kazadi est celle d’une tolérance zéro. « Plusieurs panneaux publicitaires se verront emportés par la rigueur de la loi », a-t-elle prévenu, sans ambages. Des équipes techniques sont déjà sur le pied de guerre, prêtes à intervenir pour démonter les structures jugées illégales ou dangereuses. Cette fermeté est-elle bien accueillie ? Dans les coulisses, certains opérateurs grognent, évoquant des procédures administratives parfois opaques par le passé. Cependant, une partie du secteur reconnaît la nécessité de ce cadre. « Un peu d’ordre ne fera pas de mal. Cela crée un terrain de jeu équitable pour tous et protège les investisseurs sérieux », confie sous couvert d’anonymat un gérant d’une agence de communication.
Au-delà de la simple régulation des panneaux publicitaires illégaux, l’enjeu est plus profond. Il s’agit de redéfinir le visage de Lubumbashi et la manière dont ses habitants vivent leur ville. Une ville propre, organisée et sûre n’est pas qu’un slogan politique ; c’est un droit fondamental pour chaque citoyen. Cette opération de grande envergure menée par la mairie Lubumbashi interroge notre rapport collectif à l’espace public. Acceptons-nous que l’intérêt commercial privé prime sur la sécurité et le bien-être commun ? La réponse de l’exécutif urbain semble désormais être « non ». La réussite de cette campagne ne se mesurera pas seulement au nombre de panneaux démontés, mais à la pérennité de la discipline instaurée et à l’émergence d’une véritable culture du respect des règles urbaines. Lubumbashi pourra-t-elle alors enfin respirer et montrer son vrai visage, débarrassé du chaos visuel ? L’avenir le dira, mais le premier coup de pioche a été donné.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
