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Meurtre d’un conducteur de taxi-moto à Beni : La ville paralysée par une grève de protestation

La ville de Beni, dans la province troublée du Nord-Kivu, a connu ce lundi 23 mars une paralysie quasi-totale de ses activités de transport. Le mot d’ordre de grève lancé par les conducteurs de taxi-moto, communément appelés « mototaxis », a été massivement suivi pour dénoncer le meurtre sauvage de l’un des leurs. Le calme lourd qui règne sur les principales artères habituellement animées contraste avec la colère palpable qui anime la profession et une large partie de la population.

L’événement à l’origine de ce mouvement de colère s’est déroulé dans la nuit du vendredi 20 au samedi 21 mars. Un conducteur de taxi-moto a été froidement abattu par balle devant son domicile, situé dans la cellule Kangaembi, au quartier Ngongolio, dans la commune de Mulekera. La victime, surprise alors qu’elle regagnait son foyer, n’a eu aucune chance face à ses assaillants. Cet acte d’une violence inouïe a servi d’étincelle à un mécontentement longtemps contenu. Comment une telle insécurité peut-elle encore frapper au cœur des quartiers résidentiels ? La question hante désormais tous les esprits à Beni.

Dès les premières lueurs de ce lundi, la réponse des « motards » a été sans appel. Aucun deux-roues n’a pris son service. Les stations habituelles de taxis-moto sont restées désertées. Pour s’assurer du respect de la grève, des représailles ont même été signalées. Des sources locales rapportent que les quelques conducteurs ayant tenté de braver le mot d’ordre ont été pris à partie et agressés. Une crainte diffuse a également poussé de nombreux propriétaires de véhicules à garder leurs engins sous clé, redoutant de devenir à leur tour des cibles.

Les conséquences de cette paralysie volontaire du transport le plus populaire sont immédiates et sévères. Depuis le matin, des milliers d’habitants de Beni, élèves, commerçants, employés et fonctionnaires, ont éprouvé les pires difficultés à se rendre à leurs occupations. La ville, privée de son principal réseau de mobilité, est comme atrophiée. Cette grève des taxis-moto à Beni est bien plus qu’un simple arrêt de travail ; c’est un cri d’alarme lancé à la face des autorités sur l’état de délabrement sécuritaire. Le meurtre du conducteur n’est-il que la partie émergée d’un iceberg de violences ?

La tension n’est en réalité pas retombée depuis le choc initial. Dès le samedi matin, quelques heures seulement après la découverte du corps, des jeunes du quartier, exaspérés, s’étaient rassemblés sur les lieux du crime. Leur colère s’est manifestée par des barricades dressées en travers des routes et par l’embrasement de pneus sur la chaussée. Une scène de protestation devenue malheureusement trop familière dans une région rongée par les conflits armés et la criminalité urbaine. Cette insécurité à Beni, et plus largement dans le Nord-Kivu, n’est pas un phénomène nouveau, mais sa persistance et son intensification interrogent l’efficacité des mesures prises pour y faire face.

Le drame de ce week-end s’inscrit dans une série noire qui endeuille la commune de Mulekera. En effet, le week-end précédent, dans la nuit du vendredi 13 au samedi 14 mars, un autre incident mortel avait secoué le quartier Matonge, dans la même commune. Deux jeunes présumés voleurs armés avaient été tués par balles. Selon les informations disponibles, un militaire des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) aurait ouvert le feu pour repousser une incursion de ces individus à sa résidence. Cet enchaînement d’événements violents, qu’ils soient d’origine criminelle ou sécuritaire, dessine le portrait d’une cité sous pression, où la loi du plus fort semble trop souvent l’emporter.

La protestation qui paralyse Beni aujourd’hui est donc un signal fort. Elle traduit l’exaspération d’une corporation, celle des conducteurs de taxi-moto, qui se sent exposée et vulnérable. Mais au-delà, elle exprime l’angoisse d’une population entière, prise en étau entre les violences des groupes armés en périphérie et la délinquance en ville. Le meurtre du conducteur agit comme un révélateur des fractures sociales et sécuritaires profondes. Les autorités locales et provinciales sont désormais attendues au tournant. La simple promesse d’une enquête suffira-t-elle à apaiser les esprits et à redonner confiance ? La paralysie des rues de Beni pose une question fondamentale : jusqu’où peut aller la résignation d’une population face à l’insécurité ? La réponse à cette interrogation déterminera la paix sociale dans les jours à venir.

Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd

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