Qui se cache derrière les lignes de basse envoûtantes qui ont fait danser des générations entières de Kinshasa à Bruxelles ? Qui est cet artisan de l’ombre dont le groove profond et mélodique sert de colonne vertébrale à la musique rd-congolaise moderne ? La réponse résonne avec le nom de Godé Mbemba, mieux connu sous le pseudonyme de Lofombo Basse. Né un 23 mars à Kinshasa, ce maestro discret est bien plus qu’un simple instrumentiste ; il est l’architecte sonore qui a patiemment bâti l’identité rythmique de toute une époque.
Son parcours, débuté en 1981, est une symphonie de rigueur et de polyvalence. Des premières frappes sur la batterie avec Weke Weke Stars à sa conversion définitive à la guitare basse, Godé Lofombo a forgé son oreille dans le creuset des orchestres kinois. Fantastique Mondo, Choc Movema… Ces noms résonnent comme les premières notes d’une partition qui allait devenir légendaire. Cette immersion totale dans des univers musicaux variés a forgé un instrumentiste aguerri, capable de s’adapter à toutes les exigences stylistiques avec une intelligence musicale rare.
Le tournant majeur s’opère en 1991, lorsqu’il intègre le légendaire Empire Bakuba. Dans ce laboratoire de génie dirigé par le grand Pepe Kallé, Lofombo Basse ne se contente pas de jouer ; il arrange, il réalise, il structure. Sa basse, tantôt profonde et pulsative, tantôt aérienne et mélodique, devient l’épine dorsale de tubes incontournables. Des accents mémorables sur « Diviser par Deux » aux lignes structurantes de « Mama Mapasa », son empreinte sonore redéfinit les standards de la rumba et du soukous. N’est-ce pas là la marque des plus grands ?
Depuis les années 2000, Godé Mbemba s’est imposé comme le pilier incontournable des studios africains. Aux côtés du collectif Delta Force, il a collaboré avec la quasi-totalité des icônes de la scène : de Mbilia Bel à Madilu System, de Fally Ipupa à Ferre Gola. Son rôle dépasse largement celui du bassiste congolais ; il est arrangeur, réalisateur, ingénieur du son, un véritable chef d’orchestre de l’ombre. Chaque note qu’il pose, chaque mixage qu’il affine, est guidé par une quête d’excellence qui fait de lui le garant de la qualité artistique de dizaines d’albums.
Surnommé « Éléphant d’Afrique » ou « Bassminator », la signature sonore de Kamola Bass est unique. Son jeu allie une puissance tellurique à une finesse de dentelliere. Sa basse ne se contente jamais d’accompagner ; elle dialogue avec la guitare, elle chuchote à l’oreille des cuivres, elle conduit la danse avec une autorité bienveillante. C’est un groove qui parle directement au corps, une mélodie enracinée dans l’âme du Congo. Comment ne pas être transporté par cette alchimie parfaite entre la technique et l’émotion ?
Fidèle à sa formation de pédagogue, Godé Lofombo consacre aujourd’hui une part de son énergie à transmettre ce savoir précieux. Il forme une nouvelle génération de musiciens, assurant ainsi la pérennité d’un héritage musical inestimable. Son propre fils, Kevin Lofombo Mbemba, marche déjà sur ses traces, preuve vivante que la passion du rythme est une affaire de famille. Le flambeau du groove congolais est entre de bonnes mains.
Avec plus de quatre décennies de carrière, des centaines de collaborations et une influence indélébile, Godé Mbemba dit Lofombo Basse s’impose comme une valeur sûre du patrimoine musical africain. Son histoire est celle d’une fidélité absolue à la musique, d’un travail silencieux mais essentiel qui a contribué à porter la musique rd-congolaise aux quatre coins du globe. Il demeure, et restera, l’architecte intemporel d’un groove qui continue de faire battre le cœur de tout un continent.
Article Ecrit par Yvan Ilunga
Source: Eventsrdc
