Lors de la 83e réunion du Conseil des ministres tenue à Kinshasa, le président Félix Tshisekedi a, une nouvelle fois, placé la question épineuse des arriérés diplomates RDC au cœur des débats. Insistant sur la nécessité d’un mécanisme “fiable, pérenne et transparent”, le chef de l’État a souligné le paradoxe criant d’une diplomatie congolaise appelée à défendre les intérêts nationaux sur la scène internationale tout en étant minée par des difficultés financières internes chroniques. Cette communication présidentielle, intervenue dans le cadre prestigieux de la Cité de l’Union africaine, sonne-t-elle comme la promesse d’une solution définitive ou simplement comme un nouvel épisode dans une saga administrative sans fin ?
Dans son intervention, Félix Tshisekedi a rappelé le rôle stratégique des missions diplomatiques Congo, décrivant ces dernières comme l’un des principaux instruments de projection de l’État. « Elles constituent l’un des principaux instruments de projection de l’État à l’international », a-t-il affirmé, soulignant leur mission de défense des intérêts du pays, de promotion de son image et de mobilisation des investissements. Pourtant, cet outil essentiel fonctionne depuis des années au ralenti, entravé par des paiement diplomates erratiques et des factures impayées. Le président joue donc gros avec cette réforme, dont l’échec pourrait durablement fragiliser la crédibilité de sa gouvernance et, par extension, l’influence du pays à l’étranger.
La directive précise donnée en Conseil des ministres illustre la volonté d’une approche technique et structurelle. Félix Tshisekedi a instruit plusieurs membres clés du gouvernement, dont les vice-premiers ministres en charge du Budget et de la Fonction publique, ainsi que les ministres des Affaires étrangères et des Finances, d’accélérer une évaluation exhaustive du coût global de fonctionnement de l’ensemble du réseau diplomatique. Cette évaluation, qui inclura rémunérations, loyers et frais de fonctionnement, doit servir de base à la proposition d’un mécanisme structuré. L’idée maîtresse ? Reposer sur « l’implication, voire une syndication des banques commerciales » pour assurer un paiement diplomates direct et régulier. Ce projet de bancarisation, présenté comme une solution miracle, vise à garantir la prévisibilité, la traçabilité et la conformité aux règles des finances publiques.
Néanmoins, l’annonce est accueillie avec un scepticisme certain par les observateurs aguerris des arcanes de l’État. La question des arriérés diplomates RDC est, en effet, un véritable serpent de mer de l’administration congolaise. Malgré les recommandations de la 12e conférence diplomatique de 2022 et une épuration des arriérés réalisée sous l’ère Christophe Lutundula, le problème a refait surface, avec des impayés signalés dès 2026. Cette cyclicité des crises pose une question fondamentale : le nouveau mécanisme envisagé par le conseil des ministres Kinshasa parviendra-t-il à briser le cercle vicieux de la gestion en pointillés ? Les diplomates, souvent contraints de cumuler plusieurs mois de salaires impayés, pourraient légitimement voir dans ces instructions un éternel recommencement plutôt qu’une rupture.
Le contexte géopolitique actuel confère pourtant une urgence particulière à cette réforme. Alors que la République démocratique du Congo siège dans plusieurs instances internationales et fait face à l’agression rwandaise soutenant la rébellion du M23, la diplomatie est en première ligne. Une ambassade incapable de payer son loyer ou son personnel peut-elle efficacement porter la voix de Kinshasa et mobiliser des soutiens ? La dégradation des conditions matérielles des missions diplomatiques Congo risque de renvoyer une image de faiblesse et d’improvisation, contredisant les discours de souveraineté et de renaissance nationale. Le président Tshisekedi l’a lui-même reconnu : il s’agit de « restaurer la dignité des représentations de la RDC à l’étranger et de renforcer l’image du pays ».
En définitive, l’instruction présidentielle issue du conseil des ministres Kinshasa représente un test de crédibilité majeur pour l’exécutif. La mise en place d’un circuit bancaire sécurisé pourrait théoriquement assainir la gestion des représentations à l’étranger. Cependant, l’histoire récente montre que les bonnes intentions butent souvent sur la réalité des caisses vides et des priorités concurrentes. La diligence promise dans la mise en œuvre sera le seul vrai indicateur de la volonté politique réelle. Dans le grand échiquier international où chaque pion compte, la RDC peut-elle se permettre de négliger ses propres ambassadeurs ? La réponse, à laquelle le gouvernement de Félix Tshisekedi est désormais acculé, déterminera si la diplomatie congolaise reste un instrument de puissance ou demeure un poste de coûts mal géré.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
