Le dépôt d’une proposition de loi organique relative au référendum à l’Assemblée nationale congolaise, jeudi 19 mars, marque un tournant décisif dans le débat sur la révision constitutionnelle RDC. Portée par le député UDPS Tony Mwaba, cette initiative technique, présentée comme un simple comblement de vide juridique, opère en réalité comme le premier acte concret d’une stratégie politique de grande envergure. L’UDPS révision constitutionnelle ne se cache plus : elle structure et accélère un processus dont l’objectif ultime est bel et bien de modifier la Loi fondamentale. Le parti présidentiel joue ici un jeu subtil, avançant un texte procédural pour mieux préparer le terrain d’un futur référendum constitutionnel. Cette proposition de loi référendaire est-elle l’amorce légitime d’une nécessaire modernisation ou le cheval de Troie d’un réaménagement du pouvoir ?
Dans les couloirs du Palais du Peuple, la manœuvre est analysée avec une acuité particulière. En proposant un cadre « clair, transparent et sécurisé » pour l’expression de la souveraineté populaire, le professeur Mwaba place le débat sur le terrain de la légitimité démocratique. Cependant, le timing et le contexte politique immédiat confèrent à ce geste une résonance bien plus large. Alors que le pays est en proie à des défis sécuritaires majeurs, notamment dans l’Est, l’ouverture d’un chantier constitutionnel apparaît à beaucoup comme une distraction dangereuse, voire une fuite en avant. L’opposition, de Lamuka à Ensemble, dénonce avec vigueur une initiative « inappropriée » et « déstabilisatrice », estimant que les priorités devraient être la paix et l’unité nationale. Ce débat politique Congo s’annonce donc comme l’un des plus polarisants de la législature.
Pourtant, au sein de la majorité présidentielle, les arguments avancés sont d’une tout autre nature. Les cardinaux de l’Union sacrée de la nation estiment que la Constitution de 2006, conçue dans un contexte post-transition, est devenue source de blocages. Les déclarations sans ambages de figures comme Augustin Kabuya, président intérimaire de l’UDPS, ou du député Peter Kazadi, sont éloquentes : pour eux, l’insécurité même qui mine le pays trouverait sa racine dans des dispositions constitutionnelles inadaptées. « Nous devons la changer », a tranché Kazadi, résumant une conviction qui gagne du terrain. Cette posture offre un récit puissant : la révision n’est pas une option, mais une nécessité pour la stabilité et l’efficacité de l’État. Le président de la République, bien que muet officiellement, laisse ainsi faire, observant comment son parti prépare l’échiquier.
La proposition de Mwaba prend dès lors une dimension stratégique incontestable. En anticipant et en cherchant à codifier les règles du référendum, l’UDPS se dote d’un instrument juridique sur mesure. L’article 218 de la Constitution offre une porte de sortie parlementaire avec l’approbation des trois cinquièmes du Congrès, mais la voie référendaire, plus directe et potentiellement plus légitimante, reste l’option reine pour une révision d’ampleur. En structurant cette voie, la majorité se donne les moyens de contrôler le calendrier et les modalités d’une consultation populaire qui pourrait être convoquée le moment venu. N’est-ce pas là une façon de verrouiller le processus pour en assurer l’issue ? La question mérite d’être posée, tant les enjeux de pouvoir sont palpables.
Les prochains mois seront déterminants. L’examen de cette proposition de loi organique au Parlement va cristalliser toutes les tensions. L’opposition tentera-t-elle de bloquer le texte, arguant de son opportunité désastreuse ? La majorité parviendra-t-elle à maintenir une cohésion parfaite autour d’un projet qui, pour l’instant, ne dit pas son nom mais en prépare les conditions ? Le référendum constitutionnel est désormais une hypothèse tangible inscrite à l’agenda politique. La suite dépendra de la capacité de l’UDPS à convaincre au-delà de son camp, mais aussi de la réaction d’une société civile et d’une opinion publique encore largement en retrait de ce débat d’initiés. L’Histoire retiendra que c’est par une loi technique sur le référendum que la bataille pour le cœur de la Constitution congolaise a véritablement commencé. Le pouvoir en place joue gros sur cette carte, espérant que la réforme devienne son legs, mais s’exposant à un rejet qui pourrait durablement fissurer sa légitimité.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: mediacongo.net
