Le grondement des pelleteuses et le va-et-vient incessant des camions brisent le silence habituel de la brousse environnante. Sur la piste de terre ocre de l’aéroport de Mavivi, à Beni, une activité frénétique s’est installée. Pour Jean-Bosco, ouvrier sur le chantier, chaque voyage de camion est une promesse. « Avant, on voyait un avion par semaine, si on a de la chance. Maintenant, avec ce qui se passe à Goma, c’est notre seule porte de vie. Ces travaux, c’est comme si on nous redonnait un poumon », confie-t-il, la chemise trempée de sueur. Cette scène de reconstruction est le résultat d’un appui logistique inédit : la MONUSCO a mobilisé huit camions, deux pelleteuses et deux chargeurs pour accélérer l’extension de la piste aéroportuaire.
Cet engagement fait suite à une requête pressante du gouverneur provincial du Nord-Kivu. Dans un contexte où la ville de Goma est sous l’emprise de l’AFC/M23 depuis près d’un an, l’aéroport de Mavivi est devenu l’unique artère aérienne pour toute une région. « Il nous a demandé de mettre à leur disposition trois camions par jour, avec des chauffeurs et du carburant. Nous en avons mobilisé huit », détaille Abduramane Ganda, chef du Bureau de la MONUSCO à Beni. La mission onusienne s’est ainsi transformée, le temps d’un chantier, en partenaire de développement. L’objectif est clair : gagner la course contre la montre avant l’arrivée imminente de la grande saison des pluies, qui pourrait anéantir des mois d’efforts.
Mais au-delà du simple terrassement, quel est le sens profond de ce projet ? Les travaux visent à étendre la piste jusqu’à 3 300 mètres et à construire une nouvelle aérogare, des infrastructures cruciales pour le Nord-Kivu. Pour les populations locales, cette extension n’est pas qu’une question de béton. Elle incarne un espoir de désenclavement et de normalisation. « Le développement et la paix, qui sont au cœur de notre mandat, sont indissociables », souligne Abduramane Ganda. La MONUSCO, souvent perçue sous le seul angle sécuritaire, montre ici une autre facette de son action. Son mandat inclut-il de devenir un acteur majeur des infrastructures locales ? La question mérite d’être posée alors que les besoins en matière de routes, d’écoles et d’hôpitaux restent immenses dans l’est de la RDC.
Sur le terrain, l’urgence est palpable. Le gouverneur a donné un délai de trois mois pour la première phase, consistant au déblaiement et au nivellement. « Quand le moment de mettre le tarmac sera arrivé, nous allons réviser notre contribution », assure le responsable onusien. Cette collaboration ponctuelle entre les autorités provinciales et la mission internationale interroge cependant. S’agit-il d’un coup d’éclat isolé ou d’une nouvelle orientation dans l’approche de la stabilisation ? Les infrastructures peuvent-elles véritablement paver la voie de la paix dans une région minée par des décennies de conflits ? Pour de nombreux observateurs, le renforcement de l’aéroport de Beni est une nécessité économique vitale, mais il ne saurait constituer à lui seul une solution durable.
Le chantier de Mavivi, sous le soleil plombant, devient ainsi le symbole des défis complexes qui se posent à la RDC. D’un côté, une urgence opérationnelle : maintenir une liaison aérienne fiable pour une province coupée du reste du pays. De l’autre, un enjeu stratégique : lier reconstruction matérielle et construction de la paix. Les camions de la MONUSCO charrient plus que de la latérite ; ils transportent les attentes démesurées de toute une population asphyxiée par l’isolement. La réussite de ce projet d’extension piste aéroport sera-t-elle mesurée à la longueur de la piste ou à l’amélioration concrète des conditions de vie des habitants de Beni et ses environs ?
Alors que les engins s’activent, une certitude s’impose : dans l’est de la République Démocratique du Congo, chaque pelletée de terre, chaque mètre de piste gagné est une bataille contre le fatalisme. Le soutien de la MONUSCO à ce chantier est un signal fort, mais il ne doit pas rester un cas isolé. La paix ne se décrète pas ; elle se construit, jour après jour, par des actes concrets qui reconnectent les territoires et redonnent une perspective aux communautés. Le véritable test ne sera pas l’inauguration de la nouvelle piste, mais la capacité à en faire un levier de développement économique et social pour toute la région du Nord-Kivu.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
