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Libération conditionnelle Butembo : 17 détenus sortis de la prison surpeuplée de Kakwangura

La prison urbaine de Kakwangura à Butembo a procédé, ce vendredi 20 mars, à la libération conditionnelle de dix-sept détenus, dans le cadre d’une mesure nationale visant à désengorger les établissements pénitentiaires de la République Démocratique du Congo. Parmi les bénéficiaires de cette décision figurent quatre militaires des Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) ainsi que deux femmes, désormais libres de tout mouvement.

Cette opération s’inscrit dans l’application d’un arrêté émanant du Vice-Premier ministre en charge de la Défense nationale, portant sur des mesures de libération conditionnelle de prisonniers sur l’ensemble du territoire. Le capitaine magistrat Hubert Kabandani, auditeur militaire de garnison de Butembo, a précisé les contours de cette décision. « Cette activité s’inscrit dans le cadre du désengorgement des prisons. Vous savez que, ces derniers temps, il a été décrit un certain nombre supérieur de détenus qui se trouvent dans la prison et il a plu à l’autorité de désengorger cette prison par la libération conditionnelle de certains prévenus qui ont effectivement accompli les conditions y afférentes », a-t-il déclaré. Il a également indiqué que les infractions à l’origine des incarcérations concernaient, entre autres, la dissipation de munitions de guerre et des vols qualifiés.

La cérémonie de remise en liberté a été marquée par la présence du maire policier de Butembo, Mowa Baiki Telly Roger, qui a adressé un avertissement solennel aux libérés. « Nous vous disons que cette liberté que vous venez d’obtenir, pour les uns, ils ont purgé leurs peines. Pour d’autres, c’est une libération conditionnelle. Ainsi, il faut remercier le chef de l’État, qui a accepté que vous puissiez bénéficier de cette liberté. Pour les militaires, ils vont regagner leurs unités respectives. N’allez pas recommencer ou aller commettre les mêmes faits », a-t-il insisté, soulignant le caractère strictement conditionnel de cette mesure et appelant à une réinsertion sans récidive.

Si cette initiative a été saluée, elle a également suscité des réactions mitigées quant à son impact réel sur la situation critique de la prison. La coordination de la société civile de Butembo, par la voix de Maître Muhindo Wasivinywa, a exprimé un accueil favorable, tout en pointant du doigt l’insuffisance de la mesure au regard de l’ampleur de la surpopulation carcérale. « Cette libération est une bonne chose, même si c’est peu insignifiant, par rapport au surpeuplement de cette maison pénitentiaire. Aujourd’hui, il y en a plus de 1300. Il y en a 17 qui venaient de sortir. C’est quand même quelque chose, mais ce n’est pas encore suffisant », a-t-il plaidé. Et d’ajouter : « Nous aurons voulu qu’on puisse élargir la mesure pour qu’un grand nombre de détenus puissent partir. Surtout que cette maison pénitentiaire a une capacité de 250 personnes. 1300 dans une place où on peut garder 250, vous allez trouver que les gens souffrent. »

Cette libération conditionnelle à Butembo fait écho à une opération similaire intervenue à la fin de l’année dernière. Pour rappel, le 24 décembre, trente détenus, dont quatorze civils parmi lesquels trois femmes – l’une d’elles accompagnée de son nourrisson – ainsi que seize militaires, avaient été libérés de la même prison de Kakwangura. Cette précédente vague s’inscrivait dans le cadre de la mise en œuvre d’une ordonnance présidentielle portant mesure de grâce collective. Elle avait concerné dix-sept condamnés relevant de la juridiction militaire et huit de la juridiction civile.

La situation de la prison centrale de Kakwangura demeure, en effet, un sujet de préoccupation majeur. Conçue à l’origine pour accueillir deux cents personnes, l’infrastructure héberge actuellement près de 1 366 détenus, soit un taux d’occupation avoisinant les 683%. Cette surpopulation carcérale extrême, caractéristique de nombreux établissements en RDC, pose des questions cruciales en matière de conditions de détention, de respect des droits fondamentaux et d’efficacité du système judiciaire. Les organisations de défense des droits humains dénoncent régulièrement cette réalité, réclamant des réformes structurelles et des solutions pérennes pour réduire la pression sur les prisons congolaises, notamment dans la province du Nord-Kivu.

Les mesures de libération conditionnelle, aussi limitées soient-elles, représentent-elles une première étape vers une politique pénitentiaire plus humaine et plus efficace ? La question reste entière alors que les autorités tentent de répondre à une crise aux multiples facettes. Si la décision du Vice-Premier ministre de la Défense permet d’alléger, symboliquement, la charge de quelques établissements, elle ne résout pas le problème de fond. La surpopulation carcérale en RDC est le reflet de dysfonctionnements plus larges : lenteur des procédures judiciaires, recours excessif à la détention préventive, et manque criant d’alternatives à l’emprisonnement.

La libération de ces dix-sept détenus à Butembo, bien que modeste, ouvre donc un débat nécessaire sur la réforme du système pénitentiaire congolais. Elle met en lumière l’urgence d’une approche globale, combinant la mise en œuvre de mesures de grâce, l’accélération des procès et l’amélioration des infrastructures, pour garantir des conditions de détention conformes à la dignité humaine et aux standards internationaux. L’appel de la société civile à « élargir la mesure » résonne comme un rappel des défis immenses qui persistent et de la nécessité d’une volonté politique ferme pour y faire face.

Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd

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