Les forêts du Nord-Kivu, poumons verts de la République Démocratique du Congo, étouffent sous le joug des kalachnikovs. Alors que le monde célèbre la Journée mondiale des forêts ce 21 mars, un cri d’alarme strident perce la canopée congolaise : il est impossible de protéger une forêt occupée par des hommes armés. Une vérité crue, dénoncée par les écologistes locaux, qui met à nu le drame silencieux de ces écosystèmes devenus sanctuaires de violence et de prédation illégale.
Imaginez un espace naturel où la loi de la jungle a été supplantée par celle du fusil. Cela fait plus de trois décennies que des groupes armés incontrolés ont transformé de vastes étendues boisées de l’Est de la RDC en leur fief. Ils y règnent en maîtres absolus, exploitant le bois, les minerais et la faune sans le moindre respect pour les normes environnementales, sans aucun compte à rendre. Ces forêts, censées être des réserves de vie, sont devenues des zones de non-droit où l’économie parallèle fleurit sur le terreau de l’impunité.
Le constat est amer : la protection des forêts RDC est un vœu pieux tant que les bottes y résonnent. Des jeunes armés, autoproclamés « autorités forestières », délivrent eux-mêmes des permis de coupe. Le bois issu de cette exploitation sauvage alimente ensuite les marchés de villes comme Goma, dans une chaîne d’approvisionnement opaque qui asphyxie toute tentative de gestion durable. Comment parler de préservation quand les gardiens officiels n’ont pas accès à leur propre territoire ? La situation crée une double peine : écologique, avec une déforestation rampante, et socio-économique, en privant les communautés locales des revenus légitimes de leurs ressources.
Le thème de cette année, « Les forêts et les économies », résonne comme un cruel paradoxe dans le Nord-Kivu. Loin d’être des moteurs de prospérité partagée, ces forêts alimentent des économies de guerre, enrichissant une poignée de prédateurs tout en appauvrissant la biodiversité et les populations. La véritable économie forestière, celle qui pourrait générer des emplois stables, des revenus fiscaux et des services écosystémiques vitaux pour des millions de Congolais, est mise en berne. Les écologistes RDC, en première ligne de ce combat, rappellent que sans sécurité, aucun projet de développement durable n’est viable.
Que faire face à ce casse-tête ? La sécurisation de ces territoires est le préalable incontournable à toute politique sérieuse de protection forêts RDC. Il s’agit d’un défi multidimensionnel qui exige une réponse tout aussi complexe, mêlant désarmement, gouvernance renforcée, justice et alternatives économiques pour les jeunes. La communauté internationale, souvent prompte à financer des programmes de conservation, ne peut plus ignorer cette réalité : un chèque ne remplacera jamais la souveraineté de l’État sur l’intégralité de son territoire.
Les forêts Nord-Kivu sont à la croisée des chemins. Leur sort est intimement lié à celui de la paix dans la région. Chaque arbre abattu dans l’illégalité finance potentiellement une arme ; chaque hectare perdu aggrave la vulnérabilité climatique de toute une région. La Journée mondiale des forêts doit être plus qu’une date sur un calendrier. Pour le Congo, elle doit servir de catalyseur à une prise de conscience nationale et à une action résolue. Protéger ces forêts, c’est protéger l’avenir du pays, sa stabilité et le bien-être des générations futures. Le temps n’est plus aux discours, mais à la reconquête, pacifique et déterminée, de ces sanctuaires de vie aujourd’hui confisqués par la force.
Article Ecrit par Miché Mikito
Source: radiookapi.net
