Le chiffre glace le sang : plus de 80 000 cas de violences sexuelles enregistrés pour la seule année 2025 dans les provinces de l’Est de la République Démocratique du Congo. Pendant ce temps, à des milliers de kilomètres, à Doha ou à Washington, des hommes discutent de l’avenir de ces régimes sans que la moindre femme congolaise de la société civile ne soit assise à leur table. Ce paradoxe brutal, entre souffrance sur le terrain et exclusion des décisions, est au cœur d’un cri de révolte poussé par les organisations féminines du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
« Les femmes et les jeunes filles brillent par leur absence. Elles ne sont pas présentes sur les tables de négociation. Ce constat, il est frappant et écoeurant parce que les femmes sont les premières victimes des conflits et des guerres », déplore Julienne Baseke, coordinatrice de l’Association des Femmes des Médias (AFEM). Lancé à l’occasion de la vulgarisation des accords sur la paix dans l’Est, ce constat sans appel met en lumière une faille béante dans les processus paix Est RDC. Comment, en effet, construire une paix durable sans écouter celles qui en subissent les conséquences les plus directes et les plus atroces ?
L’analyse des pourparlers en cours est sans équivoque. « On a vu que les femmes n’ont pas participé, zéro femme de la société civile à ce processus très décisif pour la paix en RDC », insiste Julienne Baseke, pointant du doigt les discussions de Doha avec le Rwanda et celles de Washington avec les rebelles du M23. Dans ces sphères diplomatiques où se joue le sort de millions de Congolais, la voix des femmes, pourtant légitime, est réduite au silence. Une absence qui n’est pas sans conséquence sur la crédibilité et la pérennité des accords envisagés.
La coordinatrice Rose Mathe, point focal de l’AFEM à Goma, apporte un éclairage encore plus poignant en rappelant le lourd tribut payé par les femmes. « Je vais me focaliser sur les cas des violences sexuelles, ne fût-ce que pour l’année 2025, il a été enregistré autour de 80.000 cas », note-t-elle. Ce chiffre astronomique, synonyme de vies brisées et de traumatismes profonds, devrait, logiquement, conférer aux femmes une place centrale dans la recherche de solutions. Pourtant, la réalité est tout autre. Les violences sexuelles RDC 2025 restent un épouvantail statistique, rarement traduit en droit à la parole lors des négociations.
La journaliste et militante Caddy Adzuba rappelle, quant à elle, que cette exclusion n’est pas seulement une injustice, c’est une erreur stratégique. « La présence de la femme allait nous donner 35 pourcent de la chance pour la durabilité des accords. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est une recherche scientifique », affirme-t-elle. Cette donnée, issue d’études internationales, devrait servir de guide aux artisans de la paix. Une participation femmes négociations effective n’est pas une simple question de quota ou de symbole ; c’est un gage tangible d’efficacité et de stabilité pour l’avenir des provinces en crise.
Pour légitimer leur combat, les femmes du Kivu s’appuient sur un arsenal juridique solide. La résolution 1325 du Conseil de Sécurité des Nations Unies, qui insiste sur le rôle des femmes dans la prévention et le règlement des conflits, la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, ou encore les lois nationales sur la parité : les textes existent. Leur application, elle, fait cruellement défaut. « Les femmes et les jeunes filles du Nord-Kivu Sud-Kivu dans leur diversité décident de briser le silence, elles ne demandent pas une faveur parce que leur participation, c’est un droit », clament-elles d’une seule voix.
Leur vision est claire : voir les femmes, dans toute leur diversité, siéger aux tables où se décide le sort de leur pays. Le programme « Femmes, piliers d’une paix durable » dans lequel s’inscrit cette mobilisation, vise justement à transformer ce droit théorique en réalité tangible. Dans un contexte où les conflits s’enlisent depuis près de trois décennies, cette exigence apparaît moins comme une requête que comme une condition sine qua non. Peut-on sérieusement espérer tourner la page de la violence sans inclure celles qui en sont les principales cibles ?
Le silence brisé des femmes de l’Est de la RDC résonne désormais comme un avertissement et un appel à la raison. Alors que la communauté internationale et les gouvernements multiplient les initiatives pour apaiser les tensions, l’absence des premières concernées dans le dialogue reste une tache indélébile sur la crédibilité de ces efforts. La paix ne se décrète pas seulement entre belligérants ; elle se construit avec, et pour, l’ensemble de la société. Ignorer la moitié de cette société, et celle qui en porte les blessures les plus profondes, c’est prendre le risque de bâtir sur du sable. L’inclusion des femmes paix RDC n’est pas une option, c’est la clé d’un avenir où la dignité et la sécurité seraient enfin partagées par tous.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
