AccueilActualitéSociétéÀ Beni, l'Aïd el-Fitr célébré sous la menace des ADF

À Beni, l’Aïd el-Fitr célébré sous la menace des ADF

Sur le terrain de football de Kimbangu, l’herbe est rase, foulée par des milliers de pieds ce mardi matin. À Beni, au Nord-Kivu, l’air est chargé d’un mélange singulier de ferveur religieuse et d’une anxiété tenace. Ici, la communauté musulmane célèbre l’Aïd el-Fitr, la fête marquant la fin du jeûne du Ramadan, mais les sourires et les habits de fête ne parviennent pas à effacer complètement l’ombre d’une menace omniprésente. Comment une communauté peut-elle célébrer sereinement lorsque la terreur rôde aux portes de la ville ? La prière collective, moment de joie et de recueillement, s’est transformée en une puissante tribune pour dénoncer l’innommable.

« Les agissements des ADF sont contraires à notre foi », a lancé d’une voix forte et claire le Sheikh Muhindo Luhavo, s’adressant à la foule compacte. Ses paroles, portées par le micro, résonnent bien au-delà du stade. Ce n’est pas seulement un sermon religieux ; c’est un acte de résistance, une clarification essentielle face à la propagande d’un groupe qui instrumentalise l’Islam pour justifier ses crimes. « Ils se réclament de notre religion, mais en réalité, ils ne font que la souiller par le sang des innocents », a-t-il martelé, condamnant avec une fermeté sans équivoque les massacres et atrocités attribués aux Forces démocratiques alliées. Cette prise de parole publique est un geste courageux dans une région où la peur est souvent une loi silencieuse. La communauté musulmane de Beni prend ainsi ses distances, refusant que son identité spirituelle soit confisquée par des terroristes.

L’appel du Sheikh ne s’est pas arrêté à la condamnation. Il a été suivi d’un message pratique, ancré dans la dure réalité du quotidien au Nord-Kivu : un appel à la vigilance. « Nous devons avoir les yeux ouverts et signaler toute activité suspecte », a-t-il insisté. Cette injonction révèle l’état de siège psychologique dans lequel vivent les populations. Célébrer une fête devient aussi un exercice de prudence collective. Pourtant, malgré ce contexte sécuritaire toujours tendu, des milliers de fidèles ont choisi de se rassembler. Ce rassemblement massif est en lui-même un symbole fort. Il démontre une volonté farouche de ne pas renoncer aux traditions, à la vie communautaire et à la pratique de sa foi, même sous la pression de la violence. C’est un acte de résilience face aux groupes armés qui cherchent à diviser et à semer la terreur.

La célébration de l’Aïd el-Fitr à Beni dépasse ainsi largement le cadre purement religieux. Elle devient un événement social et politique, un baromètre de la situation dans l’Est de la République démocratique du Congo. Les prières pour la paix et la sécurité ont une résonance particulière dans cette province meurtrie par des décennies de conflits. La communauté musulmane, par la voix de ses leaders, en a profité pour réaffirmer son attachement à la coexistence pacifique avec les autres confessions. Dans une région souvent présentée comme le théâtre de fractures ethniques et religieuses, ce message de cohésion est vital. Il rappelle que l’ennemi commun n’est pas l’autre communauté, mais bien les forces obscurantistes qui tuent sans distinction.

Quels sont les enjeux derrière cette prise de parole publique ? D’abord, il y a l’enjeu de la représentation. En condamnant les ADF, les dignitaires musulmans de Beni reprennent le contrôle du récit sur leur religion, arraché des mains des extrémistes. Ensuite, il y a l’enjeu de la sécurité au Nord-Kivu. Cette célébration sous haute tension illustre les défis immenses auxquels font face les autorités pour protéger les civils, même lors des rassemblements les plus pacifiques. Enfin, et peut-être surtout, il y a l’enjeu sociétal de la résistance par la vie normale. Continuer à célébrer, à prier ensemble, à vivre, c’est la forme de défi la plus fondamentale que les populations opposent à la logique de mort des groupes armés. La fête de l’Aïd à Beni, entre prières et mises en garde, est le visage poignant d’une population qui cherche la lumière malgré les ténèbres qui l’entourent.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: mediacongo.net

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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