La rentrée parlementaire en République Démocratique du Congo s’ouvre sur une injonction sans équivoque de la société civile. Alors que les députés et sénateurs reprennent leurs travaux, plusieurs organisations leur lancent un appel pressant : celui d’assumer pleinement leur rôle constitutionnel de contre-pouvoir. Dans un contexte marqué par une défiance croissante des citoyens envers les institutions, cette interpellation résonne comme un avertissement politique. Le Parlement se trouve-t-il à un tournant où il doit choisir entre la complaisance et la reddition des comptes ?
Pour les acteurs de la société civile RDC, le moment est venu d’abandonner les pratiques de clientélisme qui ont trop souvent caractérisé la relation entre le législatif et l’exécutif. Ils exhortent les élus à renforcer leur indépendance et à exercer un contrôle parlementaire rigoureux, notamment sur l’exécution du budget national. Cette exigence de transparence financière constitue le premier rempart contre la corruption RDC, un fléau qui continue de drainer les ressources du pays. La crédibilité de l’institution parlementaire se joue désormais sur sa capacité à traquer les détournements et à garantir que chaque franc congolais serve l’intérêt général.
Sur le fond, les priorités sont clairement énoncées. Gloire Manessa, porte-parole de l’ASBL Action citoyenne de lutte contre les discours de haine, place la question de la sécurité Kinshasa et à l’est du pays au cœur des préoccupations. « Outre les conflits armés persistants, la montée en puissance du banditisme urbain et des kidnappings dans la capitale crée un climat de peur intolérable », souligne-t-il. Cette analyse pointe du doigt un déficit de gouvernance sécuritaire qui dépasse le seul cadre militaire pour s’insinuer dans le quotidien des citoyens. Le Parlement est ainsi sommé de questionner avec plus de fermeté les stratégies sécuritaires du gouvernement, dont les résultats peinent à convaincre.
Le volet social n’est pas en reste. La dégradation des services de base – eau, électricité, santé, éducation – et la flambée des prix alourdissent le fardeau des ménages. « Les citoyens veulent des mesures qui soulagent réellement leur quotidien, notamment une rémunération digne et la stabilité des prix », insiste Gloire Manessa. Face à cette détresse, la société civile attend du législatif qu’il priorise des lois à fort impact social, rompant avec une production législative parfois perçue comme éloignée des urgences populaires. La question sous-jacente est celle de la représentativité : les parlementaires sont-ils les porte-voix de leur circonscription ou les obligés du pouvoir central ?
Le ton se fait plus critique avec Jonas Tshiombela, coordonnateur de la Nouvelle société civile congolaise (NSCC), qui dénonce un contrôle qu’il juge « insuffisant, parfois complaisant, voire inexistant ». Sa mise en garde est sans ambages : « Le peuple congolais ne vous a pas élus pour applaudir, mais pour contrôler, questionner et sanctionner ». Cette phrase, devenue le leitmotiv de la mobilisation citoyenne, résume l’ampleur du fossé entre les attentes démocratiques et la réalité parlementaire. Le risque pour la majorité en place est tangible : une défiance accrue pourrait, à terme, fragiliser sa légitimité et sa base électorale.
Alors que cette rentrée parlementaire RDC vient de s’ouvrir, la balle est dans le camp des élus. La société civile, en sentinelle, annonce qu’elle scrutera les débats et les votes, passant de l’exhortation à la veille active. L’enjeu dépasse le simple cadre du dialogue institutionnel ; il touche à la restauration d’un pacte de confiance entre les représentants et les représentés. Les parlementaires jouent gros : continuer sur la voie d’un acquiescement systématique à l’exécutif, c’est s’exposer à être perçus comme une chambre d’enregistrement. À l’inverse, assumer un contrôle féroce et exigeant pourrait redorer le blason d’une institution souvent décriée.
Les prochaines semaines seront décisives. Les groupes parlementaires parviendront-ils à dépasser les lignes partisanes pour former des coalitions autour des enjeux de sécurité et de lutte contre la vie chère ? La commission des Finances osera-t-elle convoquer les ministres pour un compte rendu détaillé de l’exécution budgétaire ? Les questions orales avec débat retrouveront-elles leur mordant ? Autant de tests qui détermineront si cette session sera celle du sursaut ou celle du statu quo. Une chose est certaine : l’heure n’est plus aux discours mais aux actes. La société civile, désormais, compte les points.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
