Des milliers de fidèles en prière, un stade transformé en lieu de recueillement, et un message qui résonne bien au-delà des murs de la mosquée. À Beni, la clôture du Ramadan s’est faite dans une ambiance solennelle, teintée d’un appel pressant à la paix. Au cœur de cette célébration, une figure spirituelle a placé la femme au centre de son hommage et a adressé une mise en garde sans équivoque à ceux qui sèment la terreur. Quel rôle une communauté religieuse peut-elle jouer dans la quête de stabilité d’une région meurtrie ?
« Nous reconnaissons toutes les valeurs de la femme dans la communauté islamique. Elle est le pilier du développement dans la société », a affirmé avec force Sheik Rajaba Hassan Mirumba, responsable de la prédication au Centre islamique de Beni. Devant une foule rassemblée au stade Kimbangu pour marquer la fin du mois sacré, le guide religieux a rappelé les fondements de cette considération. « Si nous avons eu la grâce d’avoir la force de l’islam, c’est à travers une femme : la femme du prophète Mahomet », a-t-il souligné, insistant sur le fait que chez les musulmans, « la femme est un être très important, car d’elle vient la vie et la source de tout développement ». Cette reconnaissance publique du rôle de la femme dans l’islam à Beni intervient dans un contexte social où la contribution des femmes est souvent invisible, bien que fondamentale.
La cérémonie de clôture du Ramadan à Beni a rassemblé des fidèles venus des quinze mosquées de la ville, démontrant l’unité de la communauté face aux défis. Mais cet événement religieux s’est rapidement transformé en tribune pour un plaidoyer vital. Le Sheik Rajaba Hassan Mirumba a saisi cette occasion pour lancer un vibrant appel à la paix dans le Nord-Kivu. Son message s’est adressé directement aux jeunes égarés. « Quittez la brousse et revenez à la raison. Recherchez la paix », a-t-il lancé, dans un appel direct à l’abandon des groupes armés à Beni. Un cri du cœur qui traduit l’exaspération d’une population prise entre le marteau de l’insécurité et l’enclume de la pauvreté.
Cet appel n’est pas un simple vœu pieux. Le responsable islamique l’a ancré dans la doctrine même de sa foi. « Que ce soit dans le Coran ou dans les enseignements du prophète Mahomet, rien n’encourage le terrorisme », a-t-il martelé. Une déclaration claire qui vise à dissocier l’islam pratiqué à Beni des atrocités commises par les factions violentes qui opèrent dans la région. La communauté, selon ses dires, a profité du mois de Ramadan pour implorer la grâce de Dieu sur tous les efforts de paix menés par les autorités. Mais au-delà de la prière, quel pouvoir d’action concret possède-t-elle face à la complexité des conflits ?
La situation à Beni et dans ses environs reste volatile, marquée par des décennies de violence cyclique. L’intervention de figures religieuses comme Sheik Rajaba Hassan Mirumba est cruciale. Elles offrent un contre-récit à l’extrémisme, réaffirment des valeurs sociales essentielles comme le respect de la femme, et peuvent toucher des franges de la population que les canaux politiques traditionnels n’atteignent plus. L’appel à la paix dans le Nord-Kivu lancé depuis un stade lors d’une fête religieuse illustre cette recherche de nouvelles voies pour la réconciliation. La communauté islamique locale se positionne ainsi non pas en spectatrice, mais en actrice engagée pour le retour de la sécurité, refusant que sa foi soit associée au chaos.
Finalement, cette clôture du Ramadan à Beni dépasse le cadre strictement religieux. Elle met en lumière le combat de toute une société pour sa survie et son avenir. D’un côté, la célébration du rôle fondateur de la femme, pilier souvent silencieux de la résilience communautaire. De l’autre, un rejet catégorique de la violence et un appel au retour à la raison adressé aux fils perdus de la région. Le message du Sheik Rajaba Hassan Mirumba pose une question fondamentale : la paix peut-elle vraiment s’enraciner sans une mobilisation de toutes les consciences, des mosquées aux montagnes du Kivu ? À Beni, au moins, la réponse commence par un « non » ferme aux armes et un « oui » retentissant à la vie et au développement portés par tous, notamment par ses femmes.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
