L’air de Kinshasa semble chargé d’une attente particulière, une vibration crépusculaire qui annonce la résurrection d’une parole scénique. Le Festival des arts de la scène Série 7, cette initiative portée par les enfants des années 1970, fait son retour pour une deuxième édition, du 20 au 22 mars 2026. À l’heure où les récits collectifs s’effilochent parfois, cette manifestation se pose en gardienne des souvenirs, en architecte de la mémoire vivante. Quelle est la force d’une mémoire qui danse, qui se met en corps et en voix pour ne pas s’éteindre ? C’est la question que semblent porter les trois figures tutélaires de cet événement culturel Congo, Marie-Louise Bibish Mumbu, Christian Muela Mualu et Albertine Itela, revenus au pays avec la ferme intention de cultiver un espace d’expression où le passé dialogue avec le présent.
L’année dernière, le festival avait planté son décor sous le signe de la « Résistance », un écho poignant aux conflits qui déchirent l’Est. Cette fois, la tonalité a changé, glissant vers une méditation sur le temps et l’héritage. « Nous sommes là pour accompagner les artistes et faire un clin d’œil à hier, dans une dynamique évolutive », confie la voix mélodieuse de Marie-Louise Bibish Mumbu. Ce clin d’œil prend la forme d’un hommage vibrant et rare : il est destiné à un artiste toujours parmi nous, le dramaturge N’anza Tata. Ce choix, loin d’être anodin, constitue le cœur battant de cette édition. Comme l’explique Albertine Itela, il s’agit de célébrer une œuvre qui résonne, de permettre à son auteur de savourer, en direct, la reconnaissance de ses pairs. C’est une mémoire chaude, palpable, qui contraste avec les hommages posthumes.
Les arts de la scène Kinshasa vont ainsi se déployer sur deux lieux emblématiques. Le terrain Comète, au sein de la vénérable Académie des Beaux-Arts Kinshasa, accueillera les premières représentations. Ce cadre, lui-même imprégné d’histoire et de création, offre un écrin parfait pour des performances qui interrogent le passé. Puis, la clôture dimanche se fera en apothéose à l’espace culturel VIK, sur l’avenue Mont des Arts, artère symbolique de la vie culturelle kinoise. Entre ces murs, le corps des comédiens, la musique des mots et la chorégraphie des idées vont tenter de saisir l’insaisissable : la trace laissée par les aînés, la façon dont elle modèle et inspire la création contemporaine.
Le Festival Série 7 RDC se veut délibérément accessible, une porte ouverte sur un monde souvent perçu comme élitiste. Avec un droit d’entrée symbolique de 3000 FC pour les nationaux, 1000 FC pour les artistes et 5 dollars pour les expatriés, il défend l’idée qu’une culture riche et réflexive doit pouvoir être partagée par le plus grand nombre. Cette accessibilité est un acte politique en soi, une manière de tisser du lien social autour de la chose artistique. Dans une ville qui pulse au rythme effréné de la survie, prendre le temps de s’asseoir pour écouter une histoire, pour voir un corps s’exprimer, c’est déjà un acte de résistance culturelle.
Que peut-on attendre de ces trois jours de spectacle ? Sans doute une mosaïque d’émotions, des textes qui claquent comme des drapeaux, des silences chargés de sens, et des rires qui libèrent. Le choix d’honorer un vivant comme N’anza Tata insuffle à l’événement une énergie unique, faite de gratitude et de transmission directe. C’est une conversation entre générations qui s’engage, où les « Série 7 » servent de ponts entre l’œuvre accomplie et les audaces à venir. Cette édition, placée sous le signe de la mémoire, n’est donc pas un regard nostalgique tourné vers un âge d’or révolu. Elle est, au contraire, une mise en mouvement des archives intimes de la création congolaise, une façon de dire que le passé n’est un poids que s’il est inerte. Ici, il devient carburant, source d’inspiration pour inventer les formes de demain.
Alors que les lumières vont s’allumer sur le terrain de l’Académie des Beaux-Arts, c’est toute une communauté artistique qui se rassemble pour affirmer sa vitalité. Le Festival Série 7 est bien plus qu’une simple succession de représentations. Il est un espace-temps suspendu, un laboratoire où la mémoire se fait chair et verbe, où le théâtre, la danse et le conte deviennent les instruments d’une archéologie sensible de l’âme congolaise. Dans le tumulte de la capitale, il offre une oasis de réflexion et de beauté, rappelant que la culture, lorsqu’elle interroge son propre patrimoine, est un formidable levier pour imaginer l’avenir.
Article Ecrit par Yvan Ilunga
Source: Eventsrdc
