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Nord-Kivu : Dans l’espace sûr « Uamsho », 500 femmes bâtissent leur autonomie et la paix

“Je fabrique des sacs à main de qualité et je les vends à bon prix. Cet argent m’aide à subvenir à mes besoins sans avoir à dépendre de qui que ce soit.” Le regard fier et la voix assurée, Sarah Bahati, jeune femme du village Kiziba 2, dans le territoire de Nyiragongo, incarne un espoir nouveau. Son témoignage, livré au cœur d’un rassemblement unique, résume le combat silencieux de centaines d’autres. En marge des célébrations officielles du 8 mars, plus de 500 femmes de cette localité du Nord-Kivu se sont en effet retrouvées, mardi 17 mars, au dispensaire CADIPED. Loin des discours protocolaires, elles ont célébré, dans l’espace sûr et de confiance « Uamsho », leurs luttes, leurs victoires et la force collective qu’elles bâtissent chaque jour dans un contexte pourtant marqué par la violence et les déplacements.

Dans cette région de l’Est de la RDC, où les conflits armés sont monnaie courante, la vie des femmes est souvent un parcours d’obstacles. Comment peuvent-elles se construire un avenir lorsque la sécurité n’est jamais acquise ? Le thème de leur rencontre, « renforcement des droits, justice et autonomisation des femmes et des filles du Nord-Kivu pour la cohésion sociale et la consolidation de la paix », répond précisément à cette interrogation. Il ne s’agit pas d’un simple slogan, mais d’un programme de survie et de résilience. Margueritte Basaza, assistante au projet chez ActionAid RDC, souligne la diversité et la force de ce collectif : « Ces femmes ne sont pas seulement des survivantes. Elles sont des leaders communautaires, des entrepreneures et des défenseures des droits. Certaines sont mères déplacées, d’autres jeunes filles, personnes vivant avec un handicap, commerçantes… Malgré des réalités différentes, elles se retrouvent dans cet espace sûr où elles partagent, apprennent et construisent ensemble. »

L’événement a été jalonné par une exposition éloquente des fruits de cette solidarité. Sur des stands improvisés, les visiteurs ont pu découvrir des braises écologiques fabriquées à partir de déchets et de feuilles mortes, des beignets, des sacs à main aux finitions soignées, du savon artisanal et des vêtements cousus main. Chaque objet raconte une histoire d’apprentissage, de patience et de regain de dignité. Cette démonstration tangible d’autonomisation économique montre que le chemin vers l’émancipation des femmes RDC passe par la reconnaissance et la valorisation de leurs compétences. L’initiative, soutenue par ActionAid RDC et ses partenaires comme le Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA), donne aux femmes les outils pour reprendre le contrôle de leur vie.

Le parcours de Sarah Bahati est un exemple frappant de cette transformation. « Nous étions délaissées dans la rue avant qu’ActionAid ne vienne nous appuyer. Aujourd’hui, je gagne ma vie honnêtement et je n’ai plus à recourir à l’argent des garçons, qui souvent ne cherchent qu’à détruire notre avenir », confie-t-elle. Son histoire pose une question fondamentale : quelle est la vraie valeur de la paix si elle ne s’accompagne pas de perspectives économiques pour celles qui en sont les premières gardiennes ? L’autonomisation des femmes n’est pas un projet accessoire ; c’est un pilier essentiel pour la stabilité et le développement du Nord-Kivu et de toute la RDC.

Cette mobilisation locale résonne avec les appels plus larges lancés à l’occasion de la journée internationale des droits des femmes. Alors que le thème mondial 2026 était « Droits. Justice. Action. pour toutes les femmes et les filles », et que le thème national en RDC s’articulait autour de « Droits garantis : autonomisation durable pour toutes les femmes et les filles », l’action concrète sur le terrain, comme à Kiziba 2, montre le chemin à parcourir. La Mission des Nations Unies pour la stabilisation en RDC (MONUSCO) a insisté sur la nécessité de garantir pleinement ces droits dans un contexte de conflits persistants. Mais au-delà des déclarations, le travail d’organisations comme ActionAid RDC dans la création d’espaces sûrs prouve que le changement est possible lorsque les femmes sont placées au centre des solutions.

En définitive, la rencontre de Kiziba 2 est bien plus qu’une célébration ponctuelle. Elle est le symbole d’un mouvement profond où les femmes, souvent victimes des crises, se transforment en actrices majeures de la cohésion sociale et de la paix. Chaque sac à main vendu, chaque braise écologique produite, chaque savoir partagé dans ces espaces sûrs pour femmes représente une pierre ajoutée à l’édifice d’une société plus juste et plus résiliente. L’autonomisation des femmes RDC, particulièrement dans des zones fragiles comme le Nord-Kivu, n’est pas une option, mais une condition sine qua non pour un avenir pacifié. Leur combat pour les droits et la justice est le combat de toute une nation.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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