Une vague de pillages ciblée frappe les pêcheurs du lac Albert depuis le début de l’année 2026. Plus d’une centaine d’entre eux, opérant dans les territoires d’Irumu et de Djugu en Ituri, ont été systématiquement dépouillés de leurs biens et de leur production. La Fédération des comités des pêcheurs du lac Albert (FECOPELA) pointe directement du doigt les miliciens de la Force de résistance patriotique de l’Ituri (FRPI), qu’elle accuse d’être les auteurs de ces attaques répétées.
Le mode opératoire est décrit avec une inquiétante régularité. Les assaillants, armés, interceptent les embarcations de pêche pour s’emparer de la totalité des captures. Mais les vols ne se limitent pas au poisson. Les matériels de production, essentiels à l’activité économique, sont également saisis. Filets, moteurs hors-bord et réserves de carburant disparaissent, laissant les travailleurs du lac démunis et dans une précarité extrême. Cette insécurité lac Albert plonge toute une profession dans le désarroi.
La situation révèle un phénomène plus profond et alarmant : une substitution illégale à l’autorité de l’État. La FECOPELA affirme que ces groupes armés effectuent désormais des patrouilles non autorisées sur les eaux du lac Albert. Ils se seraient érigés en force de régulation parallèle, imposant leur loi par la coercition. Comment une telle situation a-t-elle pu s’installer en toute impunité ? Cette prise de contrôle illicite se déroulerait, selon la fédération, sous le regard impuissant, ou du moins sans réaction apparente, des forces navales officielles et de la police lacustre. Cette passivité interroge sur l’effectivité de la souveraineté étatique dans la région.
Les conséquences de ces pillages lac Albert dépassent largement le simple fait divers criminel. Elles menacent les fondements économiques et sociaux des communautés riveraines. Privés de leurs outils de travail, de nombreux pêcheurs Ituri ont déjà été contraints d’abandonner leur seule source de revenus. Le spectre de la famine et de l’exode rural plane sur ces familles dont la survie dépendait entièrement de la pêche. L’impact est immédiat et visible sur les marchés locaux où la raréfaction du poisson a provoqué une flambée des prix. Le consommateur final subit, à son tour, les contrecoups de cette insécurité organisée.
Face à cette crise, la voix des premiers concernés s’élève. Le président de la FECOPELA, Moïse Uweci Welekano, a lancé un appel pressant aux autorités nationales. Il exige des mesures urgentes pour restaurer l’ordre et la sécurité sur le lac Albert, qualifiant cette dernière d’« essentielle pour la paix ». Son plaidoyer met en lumière l’urgence d’une intervention robuste des forces de défense et de sécurité pour mettre fin à l’emprise des miliciens FRPI. Jusqu’où cette impunité peut-elle durer sans provoquer une crise humanitaire majeure ?
À ce jour, l’absence de réaction officielle est source de consternation. Ni les commandements militaires régionaux, ni le comité de surveillance du lac Albert n’ont officiellement répondu aux accusations formulées par la FECOPELA. Ce silence nourrit le sentiment d’abandon parmi les populations civiles et renforce la position des groupes armés. La balle est désormais dans le camp des institutions congolaises. La réponse apportée à cette crise sera un test crucial pour la capacité de l’État à assurer la protection des citoyens et de leurs activités économiques, même dans les zones les plus reculées. La stabilisation de l’Ituri passe nécessairement par la sécurisation de ses ressources vitales, à commencer par les eaux du lac Albert.
L’économie de la pêche, pilier pour des milliers de familles, est aujourd’hui asphyxiée par l’action prédatrice de groupes armés. La FECOPELA, en sonnant l’alarme, espère mobiliser une réponse coordonnée avant que le secteur ne soit totalement dévasté. La communauté internationale, attentive à la stabilisation de l’est de la RDC, observe également ces développements. La sécurisation du lac Albert n’est pas seulement une question de lutte contre le banditisme ; c’est un impératif de développement et de paix pour toute la province de l’Ituri. L’heure est à l’action pour mettre un terme définitif à ces pillages et redonner espoir aux pêcheurs, acteurs économiques indispensables mais aujourd’hui victimes.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: radiookapi.net
