Les pieds dans la boue et le regard inquiet, Jean-Paul, habitant du quartier proche de l’Université de Kinshasa, observe depuis des mois les pelleteuses creuser. « À chaque grosse pluie, l’eau inonde nos maisons et emporte tout sur son passage. On vit avec la peur au ventre », confie-t-il, résumant le calvaire de milliers de Kinois. Cette précarité quotidienne due aux érosions et au drainage défaillant est au cœur de l’actualité des infrastructures de la capitale. Ce mardi 17 mars, le ministre John Banza, en charge des Infrastructures et Travaux Publics, a arpenté plusieurs chantiers pour constater de visu l’évolution des travaux d’urgence, une tournée qui soulève autant d’espoirs que de questions.
Accompagné du directeur-adjoint de l’Agence congolaise des grands travaux (ACGT), Jean-Claude Mido, et d’une importante délégation, le ministre a entamé sa visite par le site emblématique de l’Université de Kinshasa. Là, un projet d’aménagement de la voirie sur 3070 mètres est en cours, avec près de 90% des caniveaux déjà réalisés. La construction d’un bassin de rétention des eaux, destiné à être connecté au réseau de l’Office des voiries et drainage (OVD), et la mise en place d’un mur de clôture pour sécuriser le campus, sont des avancées concrètes. Mais au-delà des chiffres, quel impact réel pour les riverains qui croulent sous les inondations à chaque saison des pluies ? Les travaux de drainage majeur à Kinshasa sont-ils la solution tant attendue ou un simple pansement sur une jambe de bois ?
La délégation s’est ensuite rendue sur l’Avenue du Tourisme, où la route a été bétonnée et le talus artificiel du Mont-Ambat stabilisé. Puis, direction la commune de Ngaliema, aux sites BRIKIN et Pompage, où près de 200 mètres linéaires de détonnage en demi-chaussée ont été réalisés. À chaque étape, John Banza a écouté les explications techniques, scruté les ouvrages. Le point d’orgue de cette inspection fut sans doute l’arrêt à l’entrée de l’avenue Okito, près de la Maternité. Sur ce site critique, l’entreprise CREC 8 œuvre aux travaux de drainage. Face à l’érosion menaçante, le ministre a lancé un appel clair à la collaboration entre l’ACGT et l’OVD pour « lever la meilleure des options » et stabiliser définitivement le terrain. Cette injonction révèle-t-elle les failles d’une coordination souvent dénoncée entre les institutions en charge de la voirie à Kinshasa ?
Derrière les annonces et les constats positifs dressés lors de cette tournée, une réalité plus complexe se dessine. Les travaux d’urgence exécutés par l’ACGT répondent-ils à une logique de saupoudrage ou s’inscrivent-ils dans une vision globale et durable d’aménagement de la capitale ? La multiplication des chantiers, bien que nécessaire, interroge sur la planification et la priorisation des interventions. Les habitants des quartiers non visités, tout aussi touchés par la déliquescence des infrastructures, peuvent légitimement se demander quand viendra leur tour. La visite du ministre John Banza, si elle démontre une volonté politique de suivre les dossiers, met aussi en lumière l’ampleur colossale des besoins. L’aménagement de la voirie de l’Université de Kinshasa est un symbole : celui d’une jeunesse et d’une intelligentsia qui méritent un cadre de vie et d’étude décent, mais aussi celui des inégalités criantes d’accès aux services urbains de base.
Au final, cette journée d’inspection soulève un enjeu sociétal majeur pour la RDC : la reconstruction des villes est-elle possible sans une gouvernance transparente, une implication réelle des communautés et des investissements à la hauteur des défis ? Les travaux de drainage et de lutte antiérosive sont vitaux pour la salubrité et la sécurité des Kinois. Pourtant, sans une maintenance régulière et une approche intégrée incluant l’assainissement et l’urbanisation contrôlée, ces ouvrages risquent de tomber rapidement en ruine. La balle est désormais dans le camp des autorités pour transformer ces chantiers d’urgence en leviers d’un développement urbain harmonieux et équitable. La crédibilité des institutions se joue aussi sur le bitume défoncé et dans les caniveaux bouchés de Kinshasa.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
