La province du Maniema fait face à une inquiétante recrudescence de la drépanocytose. Selon les chiffres officiels du Programme national de lutte contre la drépanocytose (PNLD), plus de cinq cents nouveaux cas d’anémie SS ont été enregistrés sur le territoire au cours de l’année 2025. Cette annonce, faite par le docteur Antoine Lufimbo, point focal du PNLD, lors d’une session de formation à Kindu, jette une lumière crue sur un défi de santé publique majeur qui touche profondément les familles de la région.
Mais au-delà du simple constat statistique, que signifient réellement ces chiffres pour la population du Maniema ? La drépanocytose, ou anémie SS, n’est pas une simple faiblesse passagère. Il s’agit d’une maladie génétique héréditaire qui affecte la forme des globules rouges. Imaginez des camions de livraison d’oxygène, les globules rouges, qui au lieu d’être ronds et flexibles, deviennent rigides et prennent la forme de faucilles (d’où le nom « drépanocytaire »). Ces cellules déformées se bloquent alors dans les petits vaisseaux sanguins, provoquant des crises douloureuses intenses, des anémies sévères et une sensibilité accrue aux infections. En RDC, et particulièrement au Maniema, cette pathologie représente un fardeau quotidien pour des milliers de personnes.
Les données du PNLD révèlent une réalité encore plus préoccupante : environ 2 à 3% des nouveau-nés dans la région voient le jour avec cette forme majeure de la maladie. Plus alarmant, près de 10% des décès maternels sont liés à des femmes porteuses du gène S. Ces chiffres soulignent l’urgence d’une action coordonnée et efficace. Face à cette situation, la réponse des autorités sanitaires s’organise. La session de formation animée par le Dr Lufimbo avait un objectif clair : outiller les infirmiers titulaires des centres de santé pour un dépistage précoce et une prise en charge conforme au protocole national.
Cette stratégie de proximité est cruciale. Elle permet d’identifier rapidement les cas, de distinguer les formes bénignes, qui pourront être suivies localement, des cas sévères nécessitant un transfert vers les Hôpitaux Généraux de Référence (HGR). Un suivi rigoureux, incluant la prévention des infections, une alimentation adaptée et la gestion des crises douloureuses, peut radicalement améliorer la qualité de vie des patients et réduire la mortalité. Cependant, la bataille ne se gagne pas seulement dans les centres de santé.
Le Dr Antoine Lufimbo insiste sur un pilier fondamental, et souvent négligé : la prévention primaire. Le véritable levier pour réduire l’incidence de la drépanocytose au Maniema réside dans l’information et le conseil génétique. « Connaître son statut, c’est protéger l’avenir de ses enfants », pourrait-on résumer. Les autorités encouragent vivement la population, et en particulier les couples en âge de procréer, à réaliser un test simple : l’électrophorèse de l’hémoglobine. Ce test permet de déterminer si une personne est en bonne santé (AA), porteuse saine du gène (AS) – sans symptômes mais pouvant le transmettre – ou atteinte de la maladie (SS).
Cette connaissance est une arme puissante contre ce que les spécialistes appellent les « mariages à risque ». Lorsque deux porteurs du gène (AS) décident de fonder une famille, ils ont à chaque grossesse un risque sur quatre d’avoir un enfant atteint d’anémie SS. Éviter ces unions, ou les aborder en étant pleinement informés et accompagnés médicalement, est la clé pour briser la chaîne de transmission de la maladie. La lutte contre la drépanocytose en RDC, et spécifiquement au Maniema, est donc un combat sur deux fronts : une prise en charge médicale optimale pour les personnes déjà touchées, et une campagne de sensibilisation massive pour prévenir les nouveaux cas.
Les 500 nouveaux cas recensés en 2025 doivent servir de cri de ralliement. Ils rappellent l’importance du Programme national de lutte contre la drépanocytose et du travail de terrain des acteurs comme le Dr Lufimbo. Pour les familles du Maniema, l’appel est clair : se faire dépister, c’est un acte de responsabilité envers soi-même et envers les générations futures. La route est longue, mais avec une information adéquate, un système de santé renforcé et une communauté engagée, il est possible de faire reculer l’ombre portée par l’anémie SS sur la province.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
