La chambre basse du Parlement congolais a été le théâtre d’une interpellation cinglante ce lundi 16 septembre. Le député national Itina Mayamba Hermes a officiellement adressé une question orale avec débat au ministre de la Formation professionnelle, Marc Ekila Likombo. L’initiative, loin d’être une simple formalité parlementaire, sonne comme un réquisitoire sévère contre l’immobilisme présumé d’un secteur pourtant érigé en priorité par la présidence.
Dans son intervention, l’élu de Tshangu n’a pas mâché ses mots, pointant un paradoxe troublant. Alors que la formation professionnelle est présentée comme l’un des piliers centraux de la vision du Président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo pour l’émergence et l’emploi des jeunes, son développement sur le terrain serait, selon lui, d’une lenteur coupable et dénuée de créativité. « Les jeunes s’interrogent sur l’immobilisme dans le pilotage de ce secteur », a lancé le parlementaire, mettant ainsi le gouvernement face à ses responsabilités et à ses promesses non tenues. Cette critique touche au cœur d’un des grands chantiers sociaux du quinquennat, posant une question fondamentale : la formation professionnelle en RDC est-elle un levier stratégique ou un simple slogan politique ?
Le député Mayamba n’en est pas resté aux généralités. Il a appuyé sa dénonciation par un diagnostic accablant, étayé par des constats de terrain qu’il juge alarmants, tant dans sa circonscription qu’à l’échelle nationale. Le tableau dressé est celui d’un système à bout de souffle : insuffisance criante d’infrastructures de formation professionnelle, ateliers équipés de matériel obsolète voire inexistant, et une attractivité en berne auprès d’une jeunesse en quête de débouchés concrets. Le problème le plus structurel réside, selon lui, dans « l’inadéquation entre la formation et le marché de l’emploi ». Cette fracture condamnerait des milliers de diplômés de l’enseignement technique et professionnel à un chômage de masse ou à une sous-qualification, annihilant ainsi l’investissement public et les espoirs d’une génération entière.
Mais l’offensive du parlementaire ne s’est pas limitée aux seules carences matérielles et pédagogiques. Itina Mayamba Hermes a élargi le débat à la condition sociale même des architectes de ce secteur, visant directement la gestion du ministère piloté par Marc Ekila Likombo. Il a exigé des explications claires sur « les raisons qui justifient les conditions de vie précaires des agents de ce ministère ». Cette remarque sous-entend que les dysfonctionnements du secteur pourraient trouver leur source dans un malaise interne et un manque de considération pour les fonctionnaires chargés de le faire vivre. Le ministre se retrouve ainsi dos au mur, contraint de répondre à la fois sur la politique globale et sur la gestion de son administration.
À travers cette question orale minutieusement préparée, le député joue un rôle classique mais essentiel de contre-pouvoir. Son objectif est double : obtenir des clarifications urgentes sur la gestion opaque d’un domaine crucial et créer un électrochoc pour accélérer des réformes concrètes. L’enjeu est de taille dans un pays où la démographie galopante exige une création massive d’emplois pour les jeunes Congolais. L’inaction, ou la lenteur, n’est plus une option. Cette interpellation place le gouvernement devant ses contradictions et teste sa capacité à traduire une vision présidentielle en actions tangibles.
La balle est désormais dans le camp du ministre Marc Ekila Likombo. Sa réponse, attendue dans l’hémicycle, sera scrutée à la loupe. Deviendra-t-elle un simple exercice de communication pour apaiser les esprits, ou marquera-t-elle le point de départ d’un véritable plan de sauvetage pour la formation professionnelle ? L’efficacité de la réplique gouvernementale déterminera si cette interpellation parlementaire restera un épisode isolé ou si elle catalyse un changement de cap. Pour le député Itina Mayamba Hermes et pour de nombreux observateurs, il est temps de passer des discours aux actes, sous peine de voir la crédibilité d’une promesse présidentielle majeure s’effriter durablement, avec à la clé un lourd tribut social à payer.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
