Dans un camp de déplacés à la périphérie de Goma, Marie, mère de cinq enfants, attend depuis des mois une aide alimentaire qui ne vient pas toujours. ‘Parfois, les convois sont bloqués, et nous restons sans rien’, confie-t-elle, les yeux fatigués. Cette réalité quotidienne illustre les défis colossaux de l’accès humanitaire dans le Nord-Kivu, une région en proie à des conflits récurrents. C’est dans ce contexte de crise humanitaire aiguë que Bruno Lemarquis, coordonnateur résident et humanitaire en RDC et chef intérimaire de la MONUSCO, a lancé un appel pressant aux responsables de la rébellion AFC/M23. Lors d’une mission à Goma du 16 au 18 mars, il a exigé le respect absolu de l’espace humanitaire, une condition sine qua non pour secourir des milliers de vies.
Les discussions, centrées sur l’urgence humanitaire, ont eu lieu avec les autorités de fait de Goma et ses environs, conduites par Corneille Nangaa. Bruno Lemarquis a insisté sur la nécessité de garantir un accès sécurisé et sans entrave aux organisations humanitaires. ‘Nous avons parlé de la situation des personnes en grande vulnérabilité à l’Est de la RDC et de la manière dont les acteurs humanitaires travaillent avec les autorités locales’, a-t-il expliqué. Cet échange direct vise à débloquer des situations où l’insécurité paralyse l’assistance. Mais comment rendre cet accès humanitaire à Goma et dans les territoires voisins une réalité tangible, et non une simple déclaration d’intention ?
Le message de Bruno Lemarquis MONUSCO est clair : l’aide humanitaire doit rester apolitique et viser exclusivement les plus vulnérables. ‘Nous avons réitéré l’importance du respect du droit international humanitaire et du respect de l’espace humanitaire, afin que les nombreuses organisations humanitaires congolaises et internationales qui œuvrent ici puissent avoir accès aux très nombreuses personnes dans le besoin’, a-t-il déclaré. Cette insistance sur l’espace humanitaire RDC est cruciale alors que des groupes armés, dont l’AFC M23, contrôlent des zones entières, limitant souvent la circulation des secours. La crise humanitaire Nord-Kivu a atteint un tel niveau que chaque jour perdu peut coûter des vies.
Au-delà des appels, la mission a permis d’évaluer les mécanismes de coordination entre humanitaires et autorités locales. Un dispositif existe, mais des pistes d’amélioration ont été évoquées pour renforcer son efficacité sur le terrain. Bruno Lemarquis s’est également rendu à Sake et dans le territoire de Nyiragongo, visitant des projets visant à renforcer la résilience des communautés. Ces déplacements sur le terrain lui ont offert un aperçu concret des souffrances endurées par les populations. Pourtant, malgré ces efforts, la situation demeure préoccupante. L’insécurité persistante et la complexité du terrain continuent d’entraver l’accès humanitaire Goma et ses environs.
L’analyse collective révèle un paradoxe troublant : alors que les besoins explosent, l’espace pour y répondre se rétrécit. Les travailleurs humanitaires risquent leur vie pour acheminer l’aide, tandis que des familles comme celle de Marie survivent dans une précarité extrême. La question de l’AFC M23 humanitaire est au cœur de ce dilemme : les rebelles tiendront-ils compte de cet appel, ou les violations continueront-elles de priver des milliers de personnes de secours essentiels ? La communauté internationale, à travers des figures comme Bruno Lemarquis, peut-elle exercer une pression suffisante pour faire plier les acteurs armés ?
Sur le plan social, cette crise affecte profondément le tissu communautaire. Les déplacés internes, souvent accueillis par des familles d’accueil déjà précaires, alourdissent le fardeau sur des ressources limitées. Les populations retournées dans leurs localités font face à la destruction de leurs moyens de subsistance. Sans un accès humanitaire durable et protégé, le cycle de la dépendance et de la vulnérabilité ne pourra être brisé. Les enjeux vont au-delà de l’urgence immédiate ; il s’agit de reconstruire une coexistence pacifique et de restaurer la dignité des Congolais de l’Est.
En conclusion, l’appel de Bruno Lemarquis résonne comme un cri d’alarme dans un contexte où l’humanitaire est trop souvent pris en otage par les logiques conflictuelles. La garantie de l’espace humanitaire RDC n’est pas une faveur, mais une obligation légale et morale. Alors que le coordonnateur quitte Goma, la balle est désormais dans le camp des parties prenantes, notamment l’AFC/M23. L’espoir réside dans une prise de conscience collective que, dans cette crise humanitaire Nord-Kivu, chaque vie sauvée est une victoire contre l’inhumanité. Mais le temps presse, et les actes doivent suivre les paroles pour éviter que des témoignages comme celui de Marie ne se multiplient dans l’indifférence.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
