« J’ai construit ma maison ici il y a dix ans avec mes économies. Aujourd’hui, on me dit que je vis dans une construction illégale et que je dois tout démolir en trois jours. Où vais-je aller avec ma femme et mes quatre enfants ? » La voix de Jean*, habitant du secteur Golf près de l’aéroport de Kolwezi, est empreinte d’une détresse qui résonne dans des centaines d’autres foyers. La décision des autorités provinciales du Lualaba de lancer une mise en demeure contre plus d’un millier d’habitations jugées illégales dans la zone aéroportuaire plonge toute une communauté dans l’angoisse et l’incertitude.
Le gouvernement provincial, par la voix de son ministre de l’Intérieur, Philippe Kaumba Mayonde, justifie cette mesure radicale par un impératif de sécurité « grave, réel et permanent ». Les risques d’accidents aériens, de crashs ou d’incendies liés à la proximité immédiate des pistes sont brandis comme une épée de Damoclès. Mais derrière ce discours sécuritaire, se cache une réalité sociale complexe et douloureuse. Comment en est-on arrivé à cette situation de confrontation entre l’autorité de l’État et des centaines de familles installées depuis des années ?
Les faits sont pourtant clairs. Les quartiers Golf/ISTM et les environs de Sun Africa, autrefois périphériques, ont vu leurs populations exploser au fil du temps. Face à la crise du logement et à la pression urbaine, des parcelles ont été vendues, parfois avec des documents émanant de services locaux. Aujourd’hui, ces mêmes occupants se retrouvent qualifiés d’« envahisseurs » et sommés de vider les lieux. « J’ai un papier qui atteste de mon droit d’occupation, délivré par une autorité compétente. Est-ce que cela ne vaut plus rien du jour au lendemain ? », s’interroge une habitante, montrant un document froissé. Cette mise en demeure aéroportuaire soulève ainsi de sérieuses questions sur la gestion du foncier et la responsabilité des administrations qui ont, pendant des années, toléré voire facilité cet urbanisme informel.
L’ultimatum est sans appel : trois jours pour une évacuation Kolwezi volontaire et la démolition des bâtiments. Passé ce délai, les autorités promettent une intervention musclée, sans préavis et sans indemnisation. Un délai que tous jugent dérisoire et inhumain. « Trois jours, c’est le temps pour préparer un voyage, pas pour démonter une vie entière, surtout quand on n’a nulle part où aller », lance un père de famille. Cette précipitation alimente les craintes d’une crise sociale Kolwezi majeure, avec des centaines de personnes, dont de nombreux enfants, potentiellement jetées à la rue. Où est la planification ? Où sont les solutions de relogement alternatives proposées par la province ?
La situation est d’autant plus inflammable que le dossier est déjà sur le bureau de la justice. Des habitants avaient saisi les tribunaux, contestant la qualification d’illégale de leurs habitations. Si des interrogations sur les procédures ont été soulevées en audience, aucune décision définitive n’a encore été rendue. Cette évacuation précipitée risque-t-elle de court-circuiter le processus judiciaire et de créer un précédent dangereux ? Le respect de l’État de droit est en jeu, tout comme la crédibilité des institutions censées protéger les plus vulnérables.
Au-delà du cas spécifique de Kolwezi, cette affaire met en lumière un dilemme récurrent dans les grandes villes congolaises : l’arbitrage entre la régulation urbaine, nécessaire pour la sécurité et le développement, et la protection des droits fondamentaux des citoyens, dont le droit au logement. Les constructions illégales Kolwezi ne sont pas le fruit du hasard, mais souvent la conséquence d’un État absent, d’un marché foncier opaque et d’une extrême pauvreté. Démolir sans proposer d’alternative, c’est traiter le symptôme en aggravant la maladie.
La balle est désormais dans le camp des autorités du Lualaba. Vont-elles maintenir leur ordre implacable, au risque de provoquer un drame humain et des tensions sociales durables ? Ou vont-elles ouvrir une véritable négociation, trouver des terrains de relogement et accompagner les familles dans cette transition douloureuse ? L’enjeu dépasse la simple sécurisation d’une zone technique ; il touche à la relation de confiance entre le pouvoir et le peuple, et à la capacité de l’État à gérer les crises avec humanité et intelligence. Les trois prochains jours seront décisifs pour l’avenir de ces quartiers et pour des centaines de familles suspendues au verdict des bulldozers.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
