AccueilActualitéPolitiqueDémission Bahati Lukwebo au Sénat RDC : Un retrait tactique sur fond...

Démission Bahati Lukwebo au Sénat RDC : Un retrait tactique sur fond de combats dans l’Est

L’échiquier politique congolais enregistre ce mercredi une manœuvre aussi soudaine que révélatrice. Modeste Bahati Lukwebo, figure incontournable et ancien président de la chambre haute, a choisi de rendre son tablier de deuxième vice-président du Sénat. Cette démission, intervenue au lendemain du dépôt d’une pétition de destitution portant les signatures de plusieurs collègues, est loin d’être un simple acte d’abandon. Elle s’apparente plutôt à un retrait tactique, une manière d’éviter un combat parlementaire dont l’issue aurait pu fragiliser un peu plus sa stature. Le Sénat RDC est ainsi le théâtre d’un réajustement des influences au sein de la majorité présidentielle, une actualité politique Congo des plus parlantes.

Les griefs officiels – incompétence, manque de respect aux institutions, déclarations controversées sur une éventuelle révision constitutionnelle – ne sont que la partie émergée de l’iceberg. La pression est venue de l’intérieur même de son camp, l’AFDC-A, dont des membres ont publiquement sommé leur chef de « tirer les conséquences politiques ». En déclarant à ACTUALITE.CD qu’il ne sert à rien « d’engager un bras de fer avec [ses] collègues », Bahati Lukwebo esquive le conflit ouvert mais pose un jalon. Son insistance sur sa loyauté au président Félix Tshisekedi et son maintien dans l’Union sacrée de la Nation sonnent comme un message d’apaisement, mais aussi comme un rappel de son poids en tant que leader de la « deuxième force politique du pays ». Son départ volontaire désamorce-t-il une crise ou simplement reporte-t-il une confrontation inévitable sur la gouvernance de la coalition ?

Pendant que Kinshasa brasse les cartes politiques, l’Est du pays continue de brûler. Les combats Sud-Kivu Nord-Kivu persistent, creusant le sillon amer de la crise humanitaire. Dans la plaine de la Ruzizi, un calme précaire est revenu après les violents affrontements de mardi entre l’AFC/M23, les FARDC et les wazalendo. Les positions sont désormais figées, les localités de Kabunambo et Runingu symboliquement coupées en deux. Cette militarisation de la RN5, axe vital entre Bukavu et Uvira, a des répercussions régionales inattendues : sa fermeture aurait été exigée par le Burundi, qui craint des infiltrations sur son territoire. Kinshasa se trouve ainsi confronté à une double pression, interne et diplomatique, sur cet axe stratégique.

Plus au nord, dans la chefferie de Bwito au Rutshuru, la machine à produire des déplacés tourne à plein régime. Les récits des familles fuyant les combats récurrents dépeignent une réalité insoutenable. « Nous avons fui la nuit, sans rien emporter. Les balles sifflaient partout », témoigne une mère à Nyanzale. À Mweso, où affluent des centaines de ménages, les conditions sont décrites comme alarmantes : pas de nourriture, pas d’abris, pas de soins. « Les enfants commencent à tomber malades, mais nous n’avons pas de médicaments », confie un père de famille. L’accès humanitaire limité par l’insécurité rend toute réponse coordonnée extrêmement difficile, laissant des populations entières dans un dénuement absolu. Face à cette urgence, la priorité des agendas semble bien ailleurs.

En effet, à Kinshasa, l’actualité prend une tournure plus technocratique mais non moins stratégique. La RDC a été désignée « premier pays vitrine » du programme PanAfGeo+ INVEST, un programme financé par l’Union européenne. Avec une enveloppe de 17,8 millions d’euros sur un total continental de 45,5 millions, le pays capte une part lionnesque des fonds, loin devant l’Afrique du Sud. Ce programme, structuré autour du renforcement des capacités géoscientifiques et de l’attraction d’investissements dans les minerais critiques, s’inscrit dans la grande initiative Global Gateway de l’UE. Jean-Claude Guillaneau, coordonnateur du projet, a souligné cette position privilégiée, tandis que Fabrice Basile, de la Délégation de l’UE, y voit l’occasion de « cartographier des opportunités ».

Cette désignation intervient dans un contexte minier congolais toujours sous tension, deux ans après la renégociation controversée de l’avenant du projet Sicomines avec des partenaires chinois. Elle pose inévitablement la question de la souveraineté réelle du pays sur ses ressources. Le programme PanAfGeo, s’il promeut un partenariat, place la RDC sous le scanner d’intérêts étrangers avides de métaux critiques. Le pays saura-t-il transformer cette vitrine technologique en un levier de développement endogène et de négociation équitable, ou restera-t-il, une fois de plus, le grenier convoité de ressources dont il ne maîtrise pas toute la chaîne de valeur ?

Ainsi se dessine une journée congolaise aux multiples facettes. Une démission au Sénat RDC qui parle de luttes intestines et de loyautés recalculées. Un Est en proie à des combats Sud-Kivu Nord-Kivu qui déplacent des populations et compliquent la diplomatie régionale. Et une capitale qui accueille un programme PanAfGeo ambitieux, entre promesse de développement et nouveaux enjeux de dépendance. L’équation reste entière : comment construire une souveraineté politique stable lorsque le territoire est fracturé par la violence et que la richesse du sous-sol attire autant qu’elle divise ? La suite, à suivre demain avec le lancement du « Country Window RDC » et la possible désignation d’un nouveau vice-président au Sénat, nous apportera peut-être des premiers éléments de réponse.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd

Commenter
Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
Actualité Liée

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici


Actualité Populaire Liée

Actualité Populaire RDC

Résumé de l'actualité quotidienne

Le Brief du Jour du 18 Mars 2026

État de siège, crise sécuritaire à Mambasa, débat constitutionnel suspendu, révolution sanitaire annoncée, bourses pour les filles à l’école, pression sur le logement à Kolwezi et gouvernance minière renforcée. Le Brief du Jour du 18 mars 2026 décrypte les sept actualités majeures ayant marqué la RDC.

Derniers Appels D'offres

Derniers Guides Pratiques