L’instruction du procès du lieutenant-général Philémon Yav Irung s’est poursuivie, ce lundi 16 mars 2026, devant la Haute cour militaire. L’audience a été marquée par le report de la remise d’un rapport d’expertise clé et par l’audition à huis clos d’un témoin de haut rang, l’ancien chef d’état-major des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), le général Célestin Mbala.
Les experts du Conseil national de Cyberdéfense (CNC), commis par la juridiction militaire, n’ont pas présenté leur rapport d’examen du téléphone du prévenu. Cette expertise, cruciale pour l’instruction, devait permettre de récolter des preuves numériques relatives aux infractions reprochées à Philémon Yav Irung. La juridiction a accordé au CNC un délai supplémentaire de trois semaines pour la finalisation de sa mission. Ce report témoigne des complexités techniques inhérentes à ce type d’enquête dans un procès militaire en RDC qui mobilise une attention particulière.
Parallèlement, la Haute cour militaire a procédé à l’audition du général Célestin Mbala. Cette déposition s’est déroulée à huis clos, une mesure ordonnée par les juges, a-t-on appris, afin de préserver les droits de la défense et la confidentialité d’informations potentiellement sensibles pour la sécurité nationale. L’audition d’un tel témoin, ancien numéro deux de l’armée congolaise, souligne l’importance et la gravité des charges pesant sur l’accusé.
Le lieutenant-général Philémon Yav Irung est soupçonné d’entretenir des contacts avec l’entourage de l’ancien chef d’état-major de l’armée rwandaise, James Kabarebe, une figure souvent évoquée dans le contexte des tensions régionales. Ces relations présumées sont au cœur des accusations d’atteinte à la sûreté de l’État. Le prévenu avait été réaffecté, en 2020, à la tête de la troisième zone de défense des FARDC, une entité stratégique couvrant les provinces de l’Est du pays, notamment le Nord-Kivu, le Sud-Kivu, l’Ituri, le Maniema et la Tshopo.
Ce procès s’ouvre près de trois ans après l’arrestation de l’officier supérieur, survenue en septembre 2022. Une longue période de détention préventive qui interroge sur les délais de la justice militaire congolaise. Dans le prétoire, les débats cherchent à établir la matérialité des faits, tandis que l’ombre du contexte politique plane inévitablement sur les audiences.
En effet, le “Tigre” Philémon Yav est régulièrement cité par plusieurs personnalités politiques, dont l’ancien président Joseph Kabila, comme un symbole de la prétendue marginalisation des officiers issus de l’espace Grand Katanga sous l’actuel régime du président Félix Tshisekedi. Ces allégations, récurrentes dans le débat public, ont toujours été fermement rejetées par la hiérarchie militaire. Le porte-parole des FARDC, le général Sylvain Ekenge, a maintes fois rappelé que l’armée ne reconnaît aucune appartenance tribale ou régionale une fois l’uniforme endossé, et que les interpellations s’opèrent strictement dans le cadre de la législation militaire.
Quelles preuves tangibles le rapport d’expertise du CNC contiendra-t-il ? L’audition à huis clos du général Mbala a-t-elle apporté des éléments décisifs à l’accusation ou à la défense ? Autant de questions auxquelles les prochaines audiences tenteront de répondre. L’enjeu de ce procès dépasse la seule personne de l’accusé ; il touche à la crédibilité de l’institution militaire et à sa capacité à rendre une justice équitable, à l’abri de toute instrumentalisation politique.
La suite de l’instruction est donc attendue avec une particulière attention. Dans trois semaines, lorsque les experts cyberdéfense auront remis leurs conclusions, le tribunal disposera peut-être d’une pièce maîtresse du dossier. D’ici là, la défense du lieutenant-général Yav Irung, comme le ministère public, préparent leurs arguments pour les phases décisives à venir. La Haute cour militaire, gardienne de la discipline et de la légalité au sein des forces armées, a la lourde tâche de naviguer entre les exigences du secret défense, le droit à un procès équitable et la pression de l’opinion publique.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
