« Je dois désormais prévoir deux tenues et parfois même mettre des sacs plastiques sur mes chaussures pour arriver présentable en cours. » Cette déclaration d’un étudiant de Kindu, au Maniema, résume le calvaire quotidien vécu par des milliers d’usagers de la route Lwama Kindu. Cet axe vital, reliant les quartiers Tshomba et Lwama, est aujourd’hui dans un état de délabrement avancé, transformant chaque trajet en une épreuve physique et financière. Comment une artère si importante a-t-elle pu être laissée dans un tel état d’abandon, au point de paralyser une partie de la vie urbaine ?
Les fortes pluies qui se sont abattues sur la région il y a quelques jours ont achevé de rendre la circulation quasi impossible. La dégradation routes Maniema atteint ici son paroxysme : des ravins profonds, d’immenses flaques d’eau boueuse et une chaussée défoncée ont eu raison de la patience des conducteurs de motos-taxis, pourtant habitués aux conditions difficiles. « Avant, on payait 1 000 francs pour aller à Lwama 2. Maintenant, il faut débourser 2 000 francs, et encore, si on trouve un conducteur qui accepte de s’y risquer », déplore un habitant, consterné par cette flambée des prix transport Kindu. La loi de l’offre et de la demande s’applique avec une froideur cruelle : face au risque accru d’accident et à l’usure accélérée des véhicules, les motos se font rares, et celles qui bravent l’interdit facturent le double.
Les passagers, quant à eux, arrivent souvent couverts de boue, salis avant même d’avoir commencé leur journée. Mais ce sont les étudiants, contraints d’emprunter cette voie pour se rendre à l’université, qui paient le plus lourd tribut. Leurs témoignages dessinent une réalité alarmante. « Nous souffrons beaucoup pour aller aux cours », confie l’un d’eux, évoquant la nécessité de porter des habits de rechange et de se protéger les pieds avec des sachets. La boue en saison des pluies, la poussière étouffante en saison sèche ; le chemin du savoir est semé d’embûches. Ces étudiants Kindu difficultés sont-ils condamnés à choisir entre leur éducation et leur dignité ? Leur demande est simple : une route praticable pour étudier dans des conditions décentes.
Au-delà du drame individuel, c’est toute la vie économique et sociale du secteur qui est asphyxiée. Les commerçants hésitent à faire circuler leurs marchandises, les livraisons deviennent imprévisibles et coûteuses, et l’isolement guette les populations de Lwama. Cette situation interroge la capacité des infrastructures à soutenir le développement local. Comment une ville peut-elle prospérer quand l’une de ses principales voies d’accès est impraticable ?
Face à cette crise, les autorités ne sont pas restées silencieuses. Le Gouvernement provincial du Maniema avait, il y a plusieurs mois, inscrit la réhabilitation route Tshomba Lwama sur sa liste de priorités. Une annonce qui avait fait naître un espoir, aujourd’hui mêlé d’amertume face à l’absence de travaux tangibles. Les habitants et les étudiants attendent avec impatience le passage des engins de terrassement qui seuls pourront redonner vie à cet axe. Leur appel est unanime : il est urgent que les responsables viennent constater sur place l’ampleur des dégâts et tiennent leurs promesses.
L’état de la route Lwama est bien plus qu’un simple problème de nids-de-poule. C’est un révélateur des inégalités d’accès aux services essentiels, un frein à l’éducation et un obstacle au dynamisme économique. La réhabilitation de cette infrastructure n’est pas un chantier parmi d’autres ; c’est une condition sine qua non pour garantir le droit à la mobilité, à l’éducation et à une vie digne pour les habitants de Kindu. Jusqu’à quand devront-ils patienter ? La balle est désormais dans le camp des autorités, qui ont le pouvoir de transformer ce chemin de croix en une route de l’espoir.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
