Le soleil de Lubumbashi tapait dur ce mardi 17 mars 2026, mais il était moins brûlant que la détresse peinte sur les visages. Devant l’imposant bâtiment du gouvernorat du Haut-Katanga, une centaine d’hommes, de femmes et d’enfants, silencieux pour la plupart, tenaient des bouts de carton et de tissus qui parlaient pour eux. Ces messages, tracés à la hâte, racontaient une seule histoire : celle de l’abandon. « Nous, mamans, jeunes filles et déplacés, victimes innocentes de la guerre de l’Est de la RDC, demandons de l’aide. » Cette phrase, répétée sur plusieurs banderoles, résumait le cri du cœur de ces populations chassées de chez elles par la folie des armes. Leur sit-in pacifique, rare dans cette partie du pays, avait un seul objectif : briser l’indifférence.
« Nous vivons dans la précarité totale. Pas de scolarité pour les enfants et la vie est déjà elle-même difficile, même le logement pose problème », a lancé, la voix nouée, l’un des déplacés, sous le regard compatissant de ses compagnons d’infortune. Son témoignage, court et poignant, est l’écho de milliers d’autres. Comment en est-on arrivé là ? Comment des familles entières se retrouvent-elles à mendier une attention basique, des centaines de kilomètres de leurs foyers ? Ces questions, personne dans la foule ne les posait à voix haute, mais elles planaient sur l’assemblée, lourdes de sens.
Ces hommes et ces femmes viennent des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, l’épicentre d’un conflit qui n’en finit pas de broyer des vies. Depuis des années, l’Est de la République Démocratique du Congo est le théâtre d’affrontements récurrents entre groupes armés, plongeant les civils dans une insécurité chronique. Face aux violences, aux pillages et aux menaces, fuir devient la seule option. Le long périple les a conduits jusqu’à Lubumbashi, capitale du Haut-Katanga, censée incarner un havre de paix. Mais l’exil n’a pas mis fin à leur calvaire ; il l’a simplement transformé. Loin des projecteurs médiatiques habituellement braqués sur Goma ou Bukavu, la situation des déplacés internes RDC à Lubumbashi illustre une crise humanitaire qui déborde largement des frontières de l’Est.
Avant de se poster devant le siège du pouvoir exécutif provincial, ces mêmes déplacés s’étaient rendus à l’Assemblée provinciale du Haut-Katanga. Leur démarche était méthodique, désespérée mais structurée. Ils ont pu rencontrer le président de l’organe délibérant pour plaider leur cause. Leurs revendications sont basiques, élémentaires, et pourtant si loin d’être satisfaites : un toit digne de ce nom, de la nourriture pour les enfants, et la possibilité pour ces derniers de retourner sur les bancs de l’école. La scolarisation des enfants déplacés est une priorité absolue, car c’est l’avenir même d’une génération qui est en jeu. Peut-on accepter qu’une guerre, dont ils ne sont en rien responsables, les prive aussi de leur droit fondamental à l’éducation ?
Leur manifestation à Lubumbashi n’est pas un simple fait divers. C’est le symptôme d’un malaise profond. Elle met en lumière l’insuffisance criante des mécanismes d’accueil et d’intégration pour les personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays. La capitale minière du sud-est, bien que relativement stable, n’est pas équipée pour faire face à un afflux continu de populations vulnérables. Les structures d’hébergement sont saturées, les programmes d’aide alimentaire aléatoires, et l’accès aux soins de santé reste un parcours du combattant. Cette aide humanitaire Est RDC, qu’ils réclament avec une insistance douloureuse, tarde à se matérialiser sous une forme concrète et durable ici, à des centaines de kilomètres du front.
Leur détresse pose une question fondamentale à la nation tout entière : jusqu’où peut-on ignorer la souffrance d’une partie de sa population ? Le sit-in déplacés Haut-Katanga est un acte de courage politique. En choisissant de manifester pacifiquement devant les symboles du pouvoir provincial, ces déplacés font plus que demander de l’aide ; ils réclament une reconnaissance, une place dans le débat public. Ils rappellent aux autorités que leur sécurité et leur bien-être sont une responsabilité nationale, où qu’ils se trouvent sur le territoire congolais. Leur calme et leur détermination contrastent avec la violence qui les a chassés, offrant une leçon de dignité dans l’adversité.
La manifestation déplacés Nord-Kivu Sud-Kivu à Lubumbashi doit servir de signal d’alarme. Elle révèle que la crise des déplacés n’est pas un problème confiné à l’Est, mais un défi national qui exige une réponse coordonnée et empathique. Les conditions de vie déplacés sont une tache sur la conscience collective. L’indifférence n’est plus une option. L’appel lancé ce mardi n’est pas seulement destiné aux « personnes de bonne volonté » ; il est d’abord et avant tout adressé aux institutions de la République. La solidarité nationale, invoquée sur leurs calicots, doit se traduire par des actes et des politiques publiques fortes. Leur présence à Lubumbashi est un rappel : on ne construit pas la paix dans une partie du pays en oubliant ceux que la guerre a jetés sur les routes.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
