Près d’une année après sa publication par la Commission électorale nationale indépendante (CENI), la feuille de route 2025-2029 censée guider le pays vers les scrutins de 2028 est dans l’impasse. Ce document, pensé comme une projection stratégique, peine à être mis en œuvre, avec une série d’activités cruciales restées lettre morte. L’absence de communication officielle de la part de l’institution électorale sur les raisons de ces retards nourrit les spéculations et les inquiétudes au sein de l’environnement sociopolitique congolais.
Alors que certains invoquent le contexte sécuritaire difficile dans l’Est du pays, une frange non négligeable des observateurs pointe du doigt des volontés politiques. L’ombre d’un possible glissement calendaire plane désormais sur le processus, suscitant des craintes quant au respect des échéances constitutionnelles de 2028. L’analyse de la SYMOCEL, la Synergie des Missions d’Observation Citoyenne des Élections, vient étayer ces appréhensions. Son coordonnateur, Jean-Claude Sady, rappelle que la non-exécution des activités prévues a une conséquence directe et mécanique : un retard dans le calendrier électoral.
L’étape charnière de l’identification et enrôlement des électeurs, qui aurait dû être déjà implémentée, est au cœur des préoccupations. Ce processus est pourtant fondamental, car il vise à doter le pays d’un fichier électoral fiable et actualisé, véritable colonne vertébrale de tout scrutin. Sans cette base de données, il devient impossible de convoquer les dépôts de candidatures, de lancer les campagnes ou d’appliquer la loi sur la répartition des sièges. La question qui se pose est simple : comment organiser des élections crédibles sans savoir précisément qui a le droit de voter ?
Jean-Claude Sady insiste sur le fait que la responsabilité ne incombe pas à la seule CENI. Selon lui, la régularité du processus passe aussi par le respect des échéances, une question qui « dépend en majeure partie de la volonté politique des acteurs politiques ». Il leur revient, affirme-t-il, de mettre à disposition de la CENI les moyens financiers et logistiques nécessaires pour lancer les opérations sur le terrain. Le constat est sans appel : en l’absence de ces moyens, un glissement du calendrier est inéluctable, mettant en péril la tenue des élections dans le respect des délais constitutionnels.
Cet avis est partagé par Luc Lutala, expert électoral et ancien coordonnateur de la SYMOCEL. Ce dernier soulève un problème de fond : la CENI se retrouve actuellement avec deux instruments de planification non alignés. D’un côté, son calendrier initial, qui prévoyait notamment les élections locales et dispose d’un budget. De l’autre, la feuille de route 2025-2029 qui, elle, n’a jamais été officiellement validée par le gouvernement et ne bénéficie d’aucun plan de financement. Cette dualité crée une « position assez floue » pour l’institution et jette un « déséquilibre dans la gestion de la suite du cycle électoral ».
Un examen détaillé du planning prévisionnel révèle l’ampleur du retard. Entre avril 2025 et mars 2026, aucune des activités majeures listées n’a été exécutée. Il s’agissait pourtant d’étapes préparatoires essentielles : la mise à jour des cartographies opérationnelles, l’évaluation des outils et logiciels, les préparatifs pour l’acquisition du matériel d’enrôlement, et surtout, le lancement de l’opération pilote d’identification dans une province test. Selon le calendrier initial, l’enrôlement massif des électeurs à l’échelle nationale aurait dû commencer dès février 2026. Nous en sommes loin.
Cette situation place la République Démocratique du Congo face à un défi majeur de gouvernance et de crédibilité démocratique. Le calendrier électoral glissement qui se profile n’est pas qu’une simple question technique ; il engage la confiance des citoyens dans leurs institutions et la stabilité du pays. La balle est désormais dans le camp des autorités politiques. La communauté nationale et internationale attend des actes concrets et une clarification urgente sur les intentions réelles du pouvoir. La CENI peut-elle encore rattraper le temps perdu pour éviter un report des élections prévues en 2028 ? La réponse à cette question déterminera l’avenir démocratique immédiat du pays.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
