La tranquillité relative retrouvée à Walikale, dans la province du Nord-Kivu, est soudainement ébranlée. Une série de découvertes macabres, survenues samedi 14 mars 2026, vient rappeler avec force que le danger reste tapi dans l’ombre, bien après la fin des combats. Des engins explosifs non éclatés et des munitions de guerre ont été mis au jour par des habitants dans plusieurs secteurs de la cité et de ses environs, jetant un froid sur la population locale.
Ces restes explosifs de guerre, véritables héritages mortels des conflits passés, ont été récupérés par la Commission Nationale de Contrôle des Armes Légères et de Petit Calibre (CNC-ALPC). Cette situation relance avec acuité les interrogations sur la sécurité réelle dans cette partie du territoire de Walikale. La région est-elle véritablement pacifiée, près de dix mois après le retrait des rebelles de l’AFC/M23 de Walikale-centre ? Les faits semblent apporter une réponse alarmante.
Les découvertes sont aussi variées que préoccupantes. Selon les responsables locaux de la CNC-ALPC, deux bombes de mortier de calibre 60 et un important lot de munitions de guerre de différents types ont ainsi été neutralisés. Chaque objet raconte une histoire de peur et de hasard. La première bombe a été trouvée à Mubanda, à environ quatre kilomètres à l’est de Walikale-centre. Son découvreur ? Un jeune engagé dans les travaux de réhabilitation de la route Walikale-Kibua. Cet axe stratégique, autrefois emprunté par les rebelles lors de leur retrait, révèle aujourd’hui son potentiel mortel, exposant ouvriers et agents à des risques extrêmes.
La deuxième bombe de mortier attendait son heure dans une concession résidentielle à Ndjingala. C’est le propriétaire des lieux qui l’a dénichée, le choc au ventre, en procédant à de simples travaux d’entretien. Parallèlement, un autre lot de munitions a été ramassé dans une parcelle du quartier Nyalusukula, en plein cœur de Walikale-centre. Ces objets, disséminés aussi bien en zone rurale qu’en milieu urbain, illustrent l’ampleur et l’imprévisibilité de la menace. La sécurité à Walikale est donc un concept fragile, constamment remis en question par la terre héritée de la guerre.
Face à cette recrudescence silencieuse de la violence, l’appel à la vigilance est plus que jamais d’actualité. Clément Kubuya Ndoole, chef de poste principal de la CNC-ALPC à Walikale, ne mâche pas ses mots. « Nous avons beaucoup souffert et n’avons plus de larmes à verser pour pleurer les nôtres à cause de l’inattention », lance-t-il, soulignant la dimension tragique et humaine du problème. Son message est clair, direct et sans équivoque : la prudence doit être la règle absolue. Il enjoint la population à éviter toute manipulation d’objets suspects et à alerter immédiatement les services compétents. La collaboration entre civils et autorités est érigée en pilier fondamental de la prévention.
Mais au-delà de l’urgence, une stratégie de plus long terme est évoquée. M. Kubuya Ndoole estime que l’appropriation par la communauté de la campagne de sensibilisation lancée l’an dernier par la CNC-ALPC est cruciale. « La prudence s’impose. Ensemble, nous pouvons mettre fin à la violence armée causée par la circulation illégale des armes », conclut-il. Cette campagne, focalisée sur les dangers liés aux engins non explosés, est présentée comme le moyen de « nettoyer » progressivement Walikale de ses fantômes explosifs. Les chiffres témoignent de l’ampleur du travail : depuis le début des opérations, plus de 500 kilogrammes de matériel dangereux ont déjà été stockés en attendant une destruction définitive. Un stock qui, jour après jour, continue de grossir.
Ces récentes découvertes à Walikale posent une question fondamentale pour la sécurité dans l’est de la République Démocratique du Congo. La fin des hostilités actives ne signe pas automatiquement le retour à une vie normale. Les restes explosifs de guerre en RDC constituent une menace latente, diffuse et durable, capable de resurgir à tout moment, au détour d’un champ ou dans un jardin. Ils pérennisent l’insécurité et entravent tout effort de reconstruction et de développement. La route vers une paix durable passe donc aussi par un déminage méticuleux et une éducation permanente des populations aux risques. L’épisode de Walikale sonne comme un rappel brutal : dans cette région, la guerre peut laisser des traces longtemps après que les armes se sont tues.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
