Les bureaux de vote ont fermé ce dimanche 15 mars 2026 au Congo-Brazzaville, mettant fin à un scrutin présidentiel dont le déroulement a été éclipsé par une mesure drastique : la coupure totale des réseaux téléphoniques et d’internet sur l’ensemble du territoire. Ce scrutin présidentiel 2026, censé renouveler le chef de l’État, s’est ainsi tenu dans un isolement informationnel sans précédent, alors que le président sortant Denis Sassou-Nguesso, âgé de 82 ans, brigue un 5e mandat consécutif. Six autres candidats, dépourvus de l’aura des principaux partis d’opposition qui ont choisi de ne pas présenter de candidats, complétaient une offre électorale perçue comme déséquilibrée.
Le contexte de ces élections présidentielles Congo-Brazzaville était dès le départ marqué par la défiance. L’opposition dite radicale avait qualifié le processus de « simulacre » et en avait appelé au boycott des élections Congo, tandis que l’opposition parlementaire s’était abstenue de donner une consigne de vote, laissant les électeurs à leur « âme et conscience ». La majorité présidentielle, de son côté, avait multiplié les appels pour lutter contre l’abstention, anticipant une participation faible.
Sur le terrain, le jour du vote a confirmé ces craintes. Dans de nombreux bureaux de la capitale Brazzaville, les opérations n’ont pas débuté à l’heure prévue de 7h, en raison de retards dans le déploiement du matériel. Que ce soit dans les quartiers traditionnellement acquis au pouvoir ou dans ceux considérés comme plus frondeurs, aucune longue file d’attente n’a été observée. Les électeurs sont arrivés au compte-gouttes, dessinant le tableau d’une journée anormalement calme, sans circulation, sans activités commerciales ou cultuelles autorisées en dehors du vote.
L’élément le plus frappant de cette journée reste indéniablement la coupure d’internet pendant les élections. Dès les premières heures et jusqu’à la fermeture des bureaux, les Congolais se sont retrouvés privés de tout moyen de communication numérique. Cette décision, dont les autorités ne se sont pas encore expliquées, a eu un impact immédiat sur la transparence du scrutin. Comment, en effet, assurer un suivi en temps réel des opérations ou permettre aux observateurs indépendants de rendre compte dans un tel black-out ? Quel est l’intérêt d’une telle mesure, si ce n’est de contrôler strictement la narration des événements ?
Les conséquences de cette opacité forcée ont été visibles jusque dans le dépouillement. Dans le quartier des Quinze, réputé favorable au président, le dépouillement s’est achevé sans la présence d’observateurs citoyens. Les résultats, inscrits à la craie sur des tableaux noirs, n’ont pu être photographiés et diffusés en ligne, comme c’est devenu la norme ailleurs pour garantir la confiance. Cette absence de témoins et de preuves numériques jette une ombre sur l’intégrité du processus.
La parole citoyenne, recueillie avant la fermeture des bureaux, était elle-même divisée, reflétant les fractures politiques du pays. « Je viens de voter, de remplir mon droit civique. L’homme a le droit de chercher son candidat », justifiait Sébastien, un électeur. À l’opposé, Vivienne, diplômée sans emploi de 33 ans, défendait le boycott : « Je ne vote pas. Ici, il n’y a pas de démocratie. Moi, je cherche un président qui viendra améliorer tout ce qui se passe ici au Congo ». Georges, un autre Brazzavillois, exprimait sa colère face à la coupure des communications, s’interrogeant sur les vies qui pourraient être perdues en l’absence de connexion et y voyant une tentative de « dissimuler la vraie version des faits ».
Aucune information fiable n’a pu filtrer de l’intérieur du pays, les vastes régules du Congo étant coupées du monde numérique. Les organisations de la société civile, qui avaient prévu de communiquer en fin de journée, sont restées injoignables. Elles avaient auparavant dénoncé une campagne électorale profondément déséquilibrée, accréditant la thèse d’un processus verrouillé en faveur du sortant.
Alors qu’aucune date n’a été annoncée pour la proclamation des résultats officiels, les implications de ce scrutin singulier sont lourdes. La combinaison d’une opposition affaiblie ou absente, d’une participation en dent de scie, et surtout d’un black-out numérique intentionnel, pose de sérieuses questions sur la légitimité du futur président. Ce 5e mandat potentiel de Denis Sassou-Nguesso s’annonce, s’il est confirmé, comme marqué du sceau de la controverse et de l’opacité. La communauté internationale, tout comme la population congolaise, attend désormais non seulement les chiffres, mais aussi des explications sur les mesures prises pour isoler ce scrutin du reste du monde. La crédibilité de l’ensemble du processus en dépend.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: mediacongo.net
