L’ouverture de la session ordinaire de mars 2026 au Palais du Peuple a été l’occasion pour le président de l’Assemblée nationale, Aimé Boji Sangara, de lancer un appel sans équivoque à l’exécutif. Face aux élus, il a dressé un constat sévère de la situation des finances publiques et posé des exigences claires pour le budget 2026 RDC. Le message est on ne peut plus direct : le gouvernement doit soumettre au plus vite un projet de loi de finances rectificative pour ajuster les prévisions aux réalités économiques, marquées par un déficit persistant des recettes depuis janvier.
Dans un discours à la fois ferme et pédagogique, Boji Sangara a insisté sur l’« impérieuse nécessité » de prioriser les dépenses contraignantes, notamment les salaires des agents de l’État, et d’exécuter pleinement les dépenses en capital pour maintenir la croissance. Mais le cœur de son intervention a porté sur une mesure phare : la rationalisation structures étatiques. Reprenant à son compte une orientation du président de la République, il a exhorté le gouvernement à « élaguer certaines agences et autres excroissances étatiques budgétivores » afin d’asseoir la soutenabilité budgétaire. Une injonction qui sonne comme un rappel à l’ordre, tant la prolifération des structures publiques est devenue un sujet de préoccupation majeure.
Cette sortie du président de l’Assemblée nationale s’inscrit dans un contexte où le contrôle parlementaire finances cherche à se renforcer. Boji Sangara a annoncé une innovation significative : l’organisation, le 10 juin prochain, du tout premier débat orientation budgétaire. Ce débat, qui portera sur le Cadre Budgétaire à Moyen Terme 2027-2029, visera à examiner en amont les grandes orientations de la politique budgétaire du gouvernement et à y apporter des contributions avant l’élaboration du projet de loi de finances 2027. Une avancée théorique pour la transparence et la redevabilité, mais qui ne prendra son sens que si le Parlement dispose d’une réelle capacité d’influence.
Or, justement, la capacité de l’exécutif à traduire les discours en actes est aujourd’hui questionnée. Car les propos de Boji Sangara font écho à des instructions répétées du président Félix Tshisekedi. Lors de la 82ᵉ réunion du Conseil des ministres, ce dernier a rappelé avec force la nécessité de rationaliser les dépenses publiques et de renforcer l’encadrement des nombreuses structures étatiques. Il a même institué un filtre strict : toute création future devra être validée par la Première ministre, après évaluation de sa pertinence stratégique et de son impact budgétaire, avant arbitrage présidentiel. Le gouvernement est également chargé d’évaluer les structures existantes pour éliminer les doublons et optimiser les ressources.
Mais voilà : cette instruction n’est pas la première. Déjà en mai de l’année dernière, Félix Tshisekedi avait donné un ordre similaire, qui est resté lettre morte. Cette répétition, loin de rassurer, relance le débat sur le sérieux du gouvernement dans la mise en œuvre des directives présidentielles. Le gouvernement de Clément Muamba saura-t-il cette fois-ci passer de la parole aux actes ? La question est d’autant plus cruciale que les indicateurs macroéconomiques, évoqués par Boji Sangara, signalent un besoin urgent d’assainissement.
Le contrôle parlementaire finances promis par l’Assemblée nationale se heurtera donc à un test de crédibilité. D’un côté, un Parlement qui affiche sa volonté d’accompagner et de contrôler, en exigeant un collectif budgétaire pour le budget 2026 RDC et en instituant un nouveau débat. De l’autre, un exécutif dont la capacité à rationaliser les structures étatiques reste à démontrer, malgré les injonctions répétées de la présidence. La rationalisation n’est pas qu’une question technique ; c’est un choix politique qui implique de s’attaquer à des rentes établies et à des logiques administratives ancrées.
En convoquant le gouvernement à la table de la transparence budgétaire, Aimé Boji Sangara place ce dernier face à ses responsabilités. Le prochain débat orientation budgétaire sera un premier jauge de la sincérité des engagements. Mais au-delà des débats, c’est l’exécution concrète de la rationalisation qui sera scrutée. Le président Tshisekedi pourra-t-il imposer sa volonté de réforme à une administration souvent rétive ? Le gouvernement montrera-t-il la fermeté nécessaire pour tailler dans le vif des structures superflues ?
La suite des événements dira si cette nouvelle salve d’avertissements parlementaires et présidentiels aboutira à une véritable cure d’amaigrissement de l’État. Pour l’heure, les mots de Boji Sangara résonnent comme un ultimatum poli : rationaliser ou voir la soutenabilité budgétaire se dégrader. Dans un contexte économique tendu, l’inaction n’est plus une option. Mais le chemin de la réforme est semé d’embûches, et l’histoire récente montre que les bonnes intentions peinent à se matérialiser. Le bras de fer entre la volonté affichée et la réalité des pratiques est plus que jamais engagé.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
