Une nuit de violence et de terreur a une nouvelle fois ensanglanté l’ouest de Goma, au Nord-Kivu, plongeant les quartiers Mugunga et Lac Vert dans un chaos total. Les habitants, réveillés en sursaut par des détonations d’armes lourdes et des tirs nourris à partir de 23 heures, ont vécu plusieurs heures d’angoisse, terrés chez eux, face à ce qui a été décrit comme un véritable front de guerre en plein cœur de la ville. Les violences à Goma cette nuit rappellent tragiquement l’instabilité chronique qui mine la région.
Les stigmates des affrontements étaient encore bien visibles au lever du jour, ce lundi matin. Aux abords du Rond-point CCLK, un paysage de désolation s’offrait aux regards : le sol était jonché de douilles, témoins silencieux mais éloquents de l’intensité des échanges de tirs. Comment une telle escalade a-t-elle pu se produire aux portes de la ville ? Cette question hante désormais une population exsangue, confrontée à une insécurité croissante dans le Nord-Kivu.
Les dégâts ne se sont pas limités aux seules traces balistiques. Selon de multiples témoignages recueillis sur place, des groupes d’assaillants ont profité du chaos pour se livrer à des pillages systématiques le long de la route menant vers Kanzana. Plusieurs commerces, dont deux grandes boutiques de vivres, ont été méthodiquement vidés de leur contenu. Farine de maïs, riz, huile végétale, boissons et autres denrées de première nécessité ont été emportés, privant les commerçants de leur gagne-pain et fragilisant un peu plus l’économie locale déjà mise à mal par des mois de tensions.
Le bilan humain de ces heures sombres commence à se préciser, bien qu’il reste provisoire. Deux corps sans vie ont été découverts au petit matin non loin du rond-point CCLK. Parmi les victimes figurait un homme en tenue militaire, dont l’identité et l’appartenance n’ont pas été immédiatement établies. Les dépouilles ont été évacuées dans la matinée, laissant derrière elles un lourd sentiment d’effroi et d’incompréhension. Ces tirs à Goma ont-ils fait d’autres victimes ? Les autorités locales et sanitaires sont attendues sur ce point pour fournir un décompte précis.
Les pillages à Mugunga ne constituent pas l’unique forme de destructions matérielles. Une boutique spécialisée dans la vente de matelas, située le long de la route principale, a été entièrement ravagée par les flammes dans la foulée des événements. Selon des témoins directs, des projectiles auraient atteint les stocks de marchandises durant les assauts de la nuit, provoquant un incendie qui s’est déclaré plusieurs heures plus tard, au petit matin, consumant ainsi une grande partie des biens. Cet incident illustre la dangerosité et l’imprévisibilité de telles situations de violence armée.
Malgré la peur encore lisible sur les visages et la psychose qui règne dans ces quartiers, la vie a timidement tenté de reprendre son cours dans la matinée. Les élèves, qu’ils habitent la zone ou viennent d’autres secteurs de Goma, ont pour la plupart rejoint leurs établissements scolaires, une normalité fragile face à l’anormalité de la nuit. Les commerces, quant à eux, ont commencé à rouvrir leurs portes en fin de matinée, souvent sous le regard inquiet de propriétaires qui venaient de constater les dégâts.
Cet épisode soulève des interrogations cruciales sur la sécurité dans l’ouest de Goma et la capacité des forces de l’ordre à protéger les civils. L’insécurité dans le Nord-Kivu prend-elle une nouvelle forme, plus urbaine et plus audacieuse ? Les autorités provinciales et les commandements militaires locaux n’ont pas encore fait de déclaration officielle détaillée concernant les circonstances exactes de ces affrontements, l’identité des assaillants ou les mesures prises pour sécuriser la zone et éviter une répétition. La population, elle, reste dans l’expectative, entre résignation et colère, redoutant que la prochaine nuit ne réserve son lot de surprises tout aussi macabres.
La fréquence de tels incidents interroge sur l’efficacité des dispositifs sécuritaires en place. Les violences à Goma pendant la nuit ne sont malheureusement pas un phénomène isolé, mais s’inscrivent dans un contexte régional plus large de conflits et de présence de groupes armés. La résilience des habitants est mise à rude épreuve, entre la nécessité de poursuivre leurs activités quotidiennes et la peur permanente d’une nouvelle flambée de tirs. La communauté internationale, souvent attentive à la situation dans l’Est de la RDC, observe-t-elle cette dégradation sécuritaire au cœur même des centres urbains ? La réponse à cette question pourrait déterminer le niveau de soutien apporté pour stabiliser la région.
En attendant, les nuits à Mugunga et Lac Vert seront probablement longues et angoissantes pour les familles qui ont vécu cette épreuve. Les affrontements à Goma de la nuit du 16 mars laissent derrière eux un lourd passif : des vies perdues, des biens détruits, une économie locale fragilisée et, surtout, une blessure psychologique profonde au sein d’une population qui aspire simplement à la paix et à la stabilité. Le chemin pour retrouver un sentiment de sécurité semble encore long et semé d’embûches dans cette partie tourmentée de la République Démocratique du Congo.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: radiookapi.net
