Lors de la 82e réunion du Conseil des ministres tenue à la Cité de l’Union africaine, le chef de l’État, Félix Tshisekedi, a posé un diagnostic sans concession. La situation géopolitique internationale, en particulier les tensions au Moyen-Orient, n’est plus une simple variable d’ajustement lointaine, mais une menace tangible pour les équilibres économiques de la République démocratique du Congo. Dans un discours aussi solennel que préoccupé, le garant des institutions a tiré la sonnette d’alarme, pointant du doigt la vulnérabilité d’une économie encore trop dépendante des soubresauts du monde.
Les fondamentaux économiques, bien que présentés comme résilients, suffiront-ils à absorber les chocs à venir ? C’est la question que semble avoir posée le président en coulisse. Car les effets de contagion sont déjà perceptibles : les marchés énergétiques s’emballent, les cours des matières premières fluctuent au gré des crises, et l’inflation, ce serpent de mer des économies africaines, pourrait bien se réveiller, importée cette fois par les turbulences extérieures. Pour Félix Tshisekedi, le risque est double : une hausse des prix de l’énergie qui étranglerait la reprise, couplée à des incertitudes pesant sur les exportations minières, pilier des finances publiques. Une équation qui mettrait à mal la stabilité macroéconomique si chèrement défendue ces derniers mois.
Face à ce péril, le gouvernement est sommé de passer en mode « vigilance renforcée ». L’approche choisie est celle de l’anticipation, une stratégie qui contraste avec les réactions souvent tardives face aux crises passées. Le président a ainsi chargé la Première ministre, Judith Suminwa Tuluka, de superviser une batterie de mesures dont la mise en œuvre sera scrutée à la loupe. Au cœur du dispositif, le vice-premier ministre à l’Économie nationale se voit confier la lourde tâche d’examiner des mesures temporaires sur les prix des denrées de première nécessité. Une intervention directe sur le marché qui, si elle n’est pas calibrée avec précision, pourrait avoir des effets pervers. Le jeu consiste donc à prévenir sans étouffer, à réguler sans décourager.
La question du carburant, baromètre social et économique, occupe également une place centrale. La ministre d’État aux Hydrocarbures est chargée de garantir l’approvisionnement et d’examiner le renforcement des stocks stratégiques. Une mission cruciale tant la pénurie d’essence peut paralyser le pays en quelques jours. Parallèlement, le gouvernement entend dialoguer avec les opérateurs miniers pour évaluer l’impact de la hausse des coûts énergétiques sur ce secteur vital. Le ministère des Mines devra trouver le juste équilibre entre préservation de la compétitivité et défense des recettes de l’État, dans un contexte où chaque dollar compte.
Sur le front des finances, l’exercice est tout aussi périlleux. Le vice-premier ministre au Budget et le ministre des Finances doivent déjà préparer des scénarios budgétaires pour 2026 intégrant différentes hypothèses de dégradation de la conjoncture. Une véritable course contre la montre, alors que la planification budgétaire est souvent un processus rigide. Enfin, la coordination avec la Banque centrale du Congo sera déterminante pour préserver la stabilité du franc congolais et une gestion optimale des réserves de change. C’est là que se jouera, en grande partie, la crédibilité de la réponse étatique.
Cette mobilisation économique s’inscrit dans un cadre géopolitique plus large, celui de l’extrême volatilité au Moyen-Orient. Les échanges de tirs entre Israël et l’Iran, et les frappes américaines, créent un foyer d’instabilité dont les ondes de choc atteignent le continent africain. Le gouvernement congolais, par la voix de sa cheffe, suit avec « attention et préoccupation » l’évolution de la situation, notamment pour assurer la sécurité de ses ressortissants. La ministre des Affaires étrangères a été instruite d’évaluer les capacités des missions diplomatiques dans la région et de formuler des recommandations pour une assistance renforcée. Une dimension humaine et diplomatique qui complète le volet économique de la crise.
Au final, Félix Tshisekedi joue un rôle de chef d’orchestre face à une partition internationale de plus en plus dissonante. En exigeant des rapports d’exécution bimensuels, il place son Premier ministre et son équipe sous haute surveillance. La cohésion et la réactivité invoquées seront-elles au rendez-vous ? La capacité du gouvernement à anticiper et à coordonner ses actions face à des chocs externes constituera un test majeur de sa solidité et de son efficacité. Dans les prochaines semaines, chaque indicateur économique, du prix du pain au cours du dollar, sera lu à l’aune de cette stratégie défensive. L’enjeu est de taille : protéger le pouvoir d’achat des Congolais tout en évitant de fragiliser les acquis d’une stabilité macroéconomique encore récente. Le président a lancé l’alerte. La balle est désormais dans le camp de l’exécutif.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
