L’appel lancé par l’intersyndicale de la Société Nationale d’Assurances (SONAS) résonne comme un cri d’alarme pour l’avenir du secteur assurantiel congolais. La révision du code des assurances en RDC, réclamée avec insistance, n’est pas qu’une simple demande syndicale ; elle cristallise les tensions d’une libéralisation qui aurait, selon les représentants du personnel, déséquilibré le marché au détriment de l’opérateur historique. Comment un secteur aussi stratégique peut-il fonctionner avec un cadre légi-réglementaire considéré comme inéquitable ? Cette question, posée par Armand Osase, président de l’intersyndicale, mérite une analyse approfondie des enjeux économiques sous-jacents.
La libéralisation du secteur des assurances en République Démocratique du Congo, présentée à l’origine comme un vecteur de modernisation et de concurrence saine, montre aujourd’hui ses limites structurelles. Selon les syndicalistes, le code des assurances actuellement en vigueur aurait été taillé sur mesure pour favoriser les sociétés privées, notamment étrangères, créant ainsi une distorsion de concurrence préjudiciable à la SONAS. Cette dernière, entreprise publique, se retrouverait en position de faiblesse sur son propre marché, incapable de rivaliser à armes égales. Le résultat est sans appel : des difficultés opérationnelles majeures et une érosion continue de ses parts de marché. La loi sur la libéralisation, loin de profiter au pays, drainerait les profits vers l’extérieur, privant l’État congolais de ressources fiscales et d’investissements locaux.
Le cœur du débat économique réside dans l’attribution des branches dites « à caractère souverain ». L’intersyndicale réclame avec force que quatre segments stratégiques — la responsabilité civile automobile, le tout-risque chantier, l’incendie et le transport — soient confiés exclusivement à la SONAS. Cette mesure, présentée comme vitale, permettrait de garantir la stabilité financière de l’assureur national et de rééquilibrer les flux de primes. Actuellement, la situation est paradoxale : des milliers de véhicules circulent sans aucune couverture, exposant les tiers à des risques considérables, tandis que les grands risques (immeubles le long du fleuve, infrastructures) sont captés par des assureurs privés qui externalisent ensuite leur réassurance. Cette fuite des capitaux représente une perte sèche pour l’économie nationale et fragilise la capacité du pays à retenir et à investir les ressources financières générées localement.
Les chiffres, bien qu’officieux, sont éloquents. La SONAS, qui devrait être le pilier du marché, se retrouve marginalisée dans des segments pourtant naturellement porteurs. La conséquence directe est un affaiblissement de sa solidité financière, limitant sa capacité à honorer des sinistres de grande ampleur et à investir dans l’innovation. Pourtant, une société nationale d’assurances robuste est un levier de développement économique incontournable. Elle permet de sécuriser les projets d’investissement, de protéger le patrimoine des citoyens et des entreprises, et de constituer un réservoir de liquidités pour financer l’économie réelle. La situation actuelle, où les acteurs privés et étrangers « profitent du secteur au détriment des nationaux », selon les termes d’Armand Osase, constitue donc une anomalie économique qu’il urge de corriger.
L’appel à l’implication personnelle du Chef de l’État n’est pas anodin. Il traduit l’ampleur de la crise et la conviction que seule une décision politique de haut niveau peut inverser la tendance. La révision du code des assurances n’est pas une simple adaptation technique ; c’est un choix de politique économique qui engage l’avenir. Va-t-on vers un modèle qui continue de favoriser les intérêts étrangers au détriment de la souveraineté économique, ou va-t-on rééquilibrer le jeu pour permettre à la SONAS de jouer pleinement son rôle de moteur et de stabilisateur ? La réponse à cette question déterminera la résilience du secteur financier congolais face aux chocs à venir.
En définitive, la demande de l’intersyndicale de la SONAS dépasse le cadre d’un simple conflit social. Elle pose une question fondamentale sur le modèle de développement choisi pour la RDC. Une révision profonde et équitable du code des assurances pourrait redonner à la société nationale d’assurances les moyens de sa mission. Cela suppose de repenser la libéralisation assurances RDC non pas comme un retrait de l’État, mais comme une régulation intelligente au service de l’intérêt national. L’enjeu est de taille : construire un marché des assurances solide, inclusif et capable de soutenir la croissance économique du pays pour les décennies à venir.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
