« Parler de l’autonomisation de la femme, c’est parler de sa capacité à se défendre et à mener une activité qui lui permet de se prendre en charge. » Ces mots, prononcés par Tentaive Charline Masika Wakine, une jeune fille de Beni, résonnent comme un manifeste pour des centaines de femmes rassemblées samedi dernier. Dans une région, le Nord-Kivu, trop souvent associée aux conflits et à l’instabilité, cette déclaration trace une voie alternative : celle de l’empowerment économique comme fondement de la paix. Plus de 500 femmes de Beni ont participé à une conférence cruciale sur l’autonomisation financière des femmes, un événement qui dépasse le simple cadre du développement personnel pour toucher aux racines mêmes de la stabilité communautaire.
Organisée en marge du mois de mars dédié aux droits des femmes, cette initiative s’est déroulée à Beni Nord-Kivu, une ville qui, malgré les défis sécuritaires, voit émerger une forte volonté de changement social. Le forum n’a pas seulement abordé les aspects techniques de la gestion d’entreprise ou de l’épargne. Il a placé au cœur des discussions des concepts plus larges et essentiels : l’engagement des familles, la responsabilité partagée et, surtout, la masculinité positive. De quoi s’agit-il ? D’inviter les hommes à devenir des partenaires actifs dans le combat pour l’égalité, à déconstruire les stéréotypes et à soutenir concrètement les projets de leurs épouses, filles ou sœurs. Cette approche collective est, selon les participantes, la clé d’une transformation durable.
Mais pourquoi l’autonomisation financière des femmes est-elle si cruciale dans le contexte de la RDC ? Les témoignages recueillis lors de cette journée apportent une réponse sans équivoque. Une femme qui génère ses propres revenus n’améliore pas seulement le quotidien de son foyer ; elle devient un pilier de résilience pour toute sa communauté. « Une femme économiquement indépendante contribue davantage à la stabilité de sa famille et de sa communauté », affirment les participantes. Dans des zones où la précarité peut exacerber les tensions, le rôle économique des femmes agit comme un tampon, renforçant la cohésion sociale et offrant des alternatives à la violence. L’autonomie financière est ainsi présentée non comme un luxe, mais comme une nécessité pour la consolidation de la paix.
Pourtant, le chemin vers cette autonomie est semé d’embûches. Ange Maliro, l’une des intervenantes, a lancé un appel vibrant à l’action, dépassant le stade des beaux discours. « Nous, femmes, mais aussi les hommes qui nous accompagnent et je mets ici l’accent sur la masculinité positive devons désormais passer à l’action. Nous ne devons pas nous limiter aux discours. Réclamons nos droits des femmes en RDC, oui, mais posons également des actes. » Cet appel rappelle que la théorie ne suffit pas. Il faut des mécanismes d’accès au crédit, des formations adaptées, un environnement juridique protecteur et un changement profond des mentalités. Chaque petite entreprise lancée, chaque franc épargné, représente un acte de résistance contre la dépendance et la vulnérabilité.
Au-delà de l’aspect purement économique, la conférence a aussi insisté sur la connaissance des droits et l’importance de la justice. Comment une femme peut-elle défendre son activité si elle ignore les lois qui la protègent ? Comment peut-elle s’épanouir si l’accès à la justice reste un parcours du combattant ? Ces questions sont indissociables du combat pour l’autonomie. Une femme informée de ses droits est une femme mieux armée pour négocier, pour investir et pour s’imposer dans des sphères traditionnellement dominées par les hommes. Cette dimension juridique est un levier essentiel pour renforcer la confiance et permettre aux initiatives de prospérer.
Alors, que retenir de ce rassemblement impressionnant à Beni ? Il dessine une feuille de route où l’économique, le social et le juridique s’entremêlent. Il montre que la quête d’autonomie des femmes n’est pas un combat isolé, mais un projet de société qui engage toute la communauté, y compris les hommes. Dans une province comme le Nord-Kivu, souvent meurtrie, investir dans le potentiel économique des femmes pourrait bien être l’une des stratégies les plus intelligentes pour bâtir une paix durable. La route est longue, mais les premiers pas, comme celui de cette conférence, sont porteurs d’espoir. La véritable question n’est plus de savoir si les femmes peuvent changer la donne, mais comment la société toute entière peut les y aider efficacement.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
