Le secteur minier congolais, véritable pilier de l’économie nationale, est sous le feu des projecteurs cette semaine à Kinshasa. Un atelier de haute importance, organisé du 13 au 16 mars, se penche sur le destin d’une manne financière cruciale : les 0,3 % du chiffre d’affaires des entreprises minières destinés au développement des communautés riveraines. Cette enveloppe, souvent perçue comme une promesse non tenue, représente un levier potentiellement puissant pour transformer le visage des zones d’extraction. Mais son efficacité réelle dépend entièrement de la robustesse des mécanismes de gestion mis en place.
L’initiative conjointe du ministère des Mines et de celui des Affaires sociales vise précisément à dresser un bilan sans concession du fonctionnement des organismes spécialisés (OS-DOT) chargés de cette gestion. Ces structures, issues de la fameuse « dot » de la première et de la deuxième vague, sont-elles à la hauteur des attentes des populations ? La question est au cœur des débats. Le ministre des Mines, Louis Watum Kabamba, a lancé un appel à la responsabilisation, déclarant que « les moyens sont là et la balle est dans notre camp ». Une métaphore sportive qui résume l’enjeu : passer de la théorie à l’action concrète.
Les chiffres révélés lors de cet atelier gestion mines Kinshasa offrent un panorama mitigé. Sur les 46 organismes spécialisés DOT installés dans cinq provinces minières (Haut-Katanga, Lualaba, Haut-Uélé, Kasaï Oriental et Nord-Kivu), 43 sont aujourd’hui opérationnels. Une couverture géographique qui semble prometteuse. Cependant, la réalité des réalisations tempère cet optimisme. Seules trois provinces – le Haut-Katanga, le Lualaba et le Haut-Uélé – peuvent se prévaloir de résultats significatifs et tangibles. Cette disparité flagrane soulève une interrogation majeure : pourquoi certains fonds miniers RDC parviennent-ils à irriguer le développement communautés minières tandis que d’autres semblent stagner ?
L’analyse pointe immanquablement vers des défis de gouvernance, de capacité technique et de transparence. La concentration des OS-DOT dans le Haut-Katanga (23) et le Lualaba (19) contraste avec la présence symbolique d’un seul organisme dans les trois autres provinces. Cette inégale répartition des structures peut expliquer, en partie, les écarts de performance. La ministre d’État Ève Bazaiba a réaffirmé l’engagement gouvernemental à accompagner la mise en œuvre des conclusions de ce forum, un signal nécessaire pour rassurer les acteurs sur la pérennité du processus.
Pour Alice Mirimo Kabetsi, administratrice du Fonds national de promotion et de service social (FNPSS), cet atelier traduit une volonté politique de rectifier le tir et de s’assurer que la richesse souterraine profite enfin à celles et ceux qui vivent au-dessus. L’objectif est de transformer ces pourcentages, souvent abstraits dans les rapports, en écoles, centres de santé, routes et projets agricoles visibles. La réussite de cette ambition passe par un renforcement capacitaire des OS-DOT, une harmonisation de leurs procédures et un système de redevabilité clair envers les communautés bénéficiaires.
Quelles perspectives se dessinent alors pour l’avenir de ces fonds miniers RDC ? L’atelier de Kinshasa pourrait marquer un tournant décisif s’il aboutit à un plan d’action contraignant. La généralisation des bonnes pratiques observées dans le Haut-Katanga et le Lualaba à l’ensemble des provinces minières est une priorité. Il s’agit également d’élargir le champ d’action de la dot première vague au-delà des infrastructures, pour inclure des projets générateurs de revenus à long terme, créant ainsi un cercle vertueux d’auto-développement.
En définitive, la gestion des 0,3 % est bien plus qu’une question comptable ; c’est un test de crédibilité pour l’ensemble de la gouvernance minière congolaise. Le secteur extractif peut-il être un vrai partenariat gagnant-gagnant ? La réponse se construira pas à pas, à travers l’efficacité de ces organismes spécialisés DOT à canaliser les ressources vers un développement communautés minières durable et inclusif. L’atelier en cours est une pièce cruciale de ce puzzle complexe. Le chemin reste long, mais la reconnaissance des lacunes et la volonté affichée de les corriger constituent un premier pas essentiel vers une exploitation minière enfin solidaire de son terroir.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
