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Pénurie d’eau à Kinshasa : des quartiers entiers assoiffés face à l’inaction

Le bruit sec du bidon jaune qui heurte le sol résonne dans l’air lourd du matin. À côté, Marie, mère de quatre enfants dans le quartier Petro-Congo à Kinshasa, essuie son front d’un revers de pagne. Il est à peine six heures, et déjà la queue s’étire sur plusieurs dizaines de mètres devant le seul forage encore actif de son avenue. « Je suis ici depuis quatre heures du matin. Si je ne remplis pas mes deux bidons maintenant, ma famille n’aura rien à boire de la journée, rien pour cuisiner, rien pour se laver », confie-t-elle, la fatigue teintant sa voix. Ce rituel épuisant est devenu le quotidien de milliers de Kinois, confrontés à une pénurie d’eau qui s’installe et asphyxie de nombreux quartiers.

La scène se répète, matin et soir, dans les communes de Kasa-Vubu, Masina, Ngiri-Ngiri ou encore Selembao. Des femmes, des hommes, parfois des enfants, arpentent les rues, des récipients vides à la main, à la recherche de ce qui devrait être un droit élémentaire : l’accès à l’eau potable. Les robinets sont secs depuis des jours, parfois des semaines. Cette crise de l’eau force les habitants à des stratégies de survie. « Nous achetons maintenant l’eau au seau. C’est un budget énorme pour une famille modeste comme la nôtre », se désole Jean, résident du quartier Abattoir. Le prix du seau d’eau a doublé en quelques jours, profitant à des revendeurs opportunistes tandis que la détresse grandit.

Comment en est-on arrivé là ? Les autorités pointent du doigt des difficultés techniques. Dans un communiqué daté du 7 mars, la direction de la REGIDESO Kin-Est a évoqué des « pannes des équipements électromécaniques au captage » de l’usine de traitement de N’djili. Ces pannes à la REGIDESO ont créé une onde de choc, privant d’eau une large partie de la capitale. La liste des communes affectées est longue et révélatrice de l’ampleur du désastre : Masina, N’djili, Kasa-Vubu, Selembao, Ngiri-Ngiri, Barumbu, Gombe, Kalamu, Mont-Ngafula… Autant de noms qui se transforment en autant de points de tension où la frustration monte.

Mais derrière l’explication technique se cache une réalité sociale bien plus âpre. La pénurie d’eau à Kinshasa n’est pas qu’une simple panne. Elle est le révélateur criant d’une infrastructure vétuste, sous-financée, incapable de suivre la croissance explosive de la population. Elle expose les inégalités criantes : dans certains quartiers huppés, des citernes privées pallient les coupures, tandis que dans les zones populaires, c’est la débrouille et l’épuisement physique qui prennent le relais. L’eau, source de vie, devient source d’inégalité et d’épuisement, notamment pour les femmes, premières affectées par la corvée d’approvisionnement.

Les conséquences sur la santé publique sont redoutables. L’utilisation d’eau de qualité douteuse, puisée de sources non contrôlées ou achetée sans garantie, fait craindre une recrudescence des maladies hydriques comme le choléra. Le simple geste de se laver les mains, barrière essentielle contre les maladies, devient un luxe. La vie économique est également ralentie : petits restaurants, salons de coiffure, ateliers… toutes les activités nécessitant de l’eau tournent au ralenti ou augmentent leurs coûts.

Face à cette paralysie progressive, l’appel des habitants se fait de plus en plus pressant. « Nous lançons un cri de détresse aux autorités, qu’elles prennent leurs responsabilités ! », implore un habitant de Kasa-Vubu, résumant le sentiment général. La promesse d’un rétablissement « dans les plus brefs délais » sonne creux pour des populations qui endurent des coupures récurrentes. La crédibilité de la REGIDESO est en jeu, mais plus encore, c’est le contrat social de base qui semble se fissurer. L’État peut-il encore garantir un service aussi fondamental que l’eau ?

La situation actuelle pose une question fondamentale, bien au-delà de la réparation d’une pompe défaillante : celle de la priorité accordée aux services essentiels pour la population. Alors que des quartiers entiers de Kinshasa sont sans eau, le sentiment d’abandon grandit. Cette crise met en lumière l’urgence d’investissements massifs et d’une gestion transparente et efficace du secteur de l’eau. Combien de temps encore les Kinois devront-ils sacrifier leur temps, leur santé et leur dignité pour un seau d’eau ? L’eau est un droit, pas un privilège. Le traitement de cette crise de l’eau à Kasa-Vubu et ailleurs sera le test de la capacité des autorités à honorer ce droit pour tous.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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