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Catastrophe à Masisi : Un glissement de terrain tue 5 personnes, dont deux jumeaux, à Lushebere

Un bruit sourd dans la nuit, puis la terre qui se met à bouger. Dans le village de Lushebere, à quelques kilomètres seulement de Masisi-centre au Nord-Kivu, la pluie incessante de la nuit du vendredi 13 au samedi 14 mars a eu des conséquences tragiques. Cinq vies ont été fauchées, deux autres sont grièvement blessées, dans un nouveau drame qui souligne, une fois de plus, la vulnérabilité des communautés face aux intempéries en République Démocratique du Congo.

“La pluie est tombée sans discontinuer. On entendait juste le tambourinement sur les toits de tôle. Puis, vers l’aube, un grondement, comme si la montagne elle-même se réveillait de mauvais humeur”, raconte un habitant, encore sous le choc. Ce grondement, c’était la terre saturée d’eau qui cédait, entraînant tout sur son passage. Deux maisons, construites au pied d’une pente, ont été littéralement englouties par une coulée de boue et de pierres. À l’intérieur, des familles dormaient, inconscientes du danger imminent.

Parmi les victimes, un drame dans le drame : deux jumeaux, dont la vie a été brutalement interrompue. Leur père, miraculeusement extrait des décombres, a été évacué dans un état critique vers l’hôpital général de référence de Masisi. Comment une famille peut-elle se relever d’une telle épreuve ? À quelques mètres du drame principal, un autre incident est venu ajouter à l’horreur de la nuit. Un jeune homme, déplacé par les conflits qui secouent la région et cherchant sans doute un abri précaire, a été frappé par la foudre. Lui aussi a rejoint les blessés à l’hôpital.

Cette catastrophe naturelle à Lushebere n’est malheureusement pas un événement isolé. Elle s’inscrit dans une série inquiétante d’incidents liés aux pluies dans la province du Nord-Kivu. Quelques jours plus tôt seulement, une carrière minière de Rubaya, dans le même territoire de Masisi, s’était effondrée sur des creuseurs artisanaux. Une question se pose alors avec insistance : ces drames sont-ils une fatalité, ou le fruit d’une combinaison de facteurs négligés ?

Les habitants de Lushebere n’ont pas de doute. “Notre village est cerné par les collines. Quand il pleut fort, l’eau ruisselle et la terre devient instable”, explique un résident, le regard sombre. Les sols, fragilisés par la déforestation et l’érosion, n’absorbent plus les eaux de pluie. Les habitations, souvent construites par nécessité dans les zones les moins chères et donc les plus exposées – en contrebas des pentes ou sur des terrains instables – deviennent des pièges mortels lors des intempéries. La prévention des risques naturels en RDC semble encore être un concept lointain pour de nombreuses communautés rurales.

Face à cette répétition tragique, la colère et l’impuissance se mêlent au deuil. Les survivants et les familles des victimes lancent un appel pressant aux autorités locales et nationales. Il ne s’agit plus seulement de gérer l’urgence et de déplacer les corps. Il s’agit d’agir en amont. Des campagnes de sensibilisation sur les zones à risque sont-elles envisagées ? Existe-t-il des plans pour identifier les pentes instables et reloger préventivement les populations les plus vulnérables ? Le renforcement des systèmes d’alerte précoce en cas de fortes précipitations est-il à l’ordre du jour ?

La tragédie de Lushebere met en lumière un enjeu sociétal majeur : l’adaptation au changement climatique et la gestion des territoires en République Démocratique du Congo. Alors que les épisodes de pluies intenses pourraient devenir plus fréquents, protéger les citoyens les plus exposés doit devenir une priorité absolue. Les cinq vies perdues, dont celles de deux enfants, sont cinq rappels douloureux de l’urgence d’agir. Derrière les statistiques des victimes des pluies en RDC, il y a des pères, des mères, des enfants, dont le destin a basculé en une nuit de tempête. La prévention est un impératif humanitaire et moral. Le village de Lushebere, en deuil, attend désormais des réponses concrètes pour que son calvaire ne se reproduise pas ailleurs dans le Nord-Kivu.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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