Après deux années de silence et d’incertitude, le site de Magopi à l’Institut supérieur des techniques médicales de Kisangani (ISTM) a retrouvé son animation. La reprise officielle des travaux de construction, actée mardi dernier, soulève un vent d’espoir au sein de la communauté universitaire. Mais au-delà du symbole, que représente concrètement cette relance pour l’avenir de l’enseignement supérieur dans la province de la Tshopo ? Alors que les étudiants congolais aspirent à des conditions d’étude dignes, cette initiative pourrait-elle marquer un tournant ?
L’interruption du chantier, due à un manque de financement, avait plongé étudiants et enseignants dans une attente frustrante. Imaginez des promotions entières évoluant dans des infrastructures inadaptées, tandis que les travaux prometteurs restaient à l’arrêt. Aujourd’hui, la décision du conseil de l’institut de relancer la construction du site de Magopi est perçue comme une bouffée d’oxygène. Pour le professeur Batina Agassa, directeur général de l’ISTM, il s’agit d’une étape cruciale. « Que nous puissions rapidement terminer les auditoires pour que les étudiants aient de meilleures conditions d’étude. C’est très important pour consolider le système LMD, car nous visons l’excellence », a-t-il déclaré lors du coup d’envoi. Cette ambition d’excellence est au cœur des préoccupations de nombreux établissements d’enseignement supérieur en RDC, souvent freinés par des infrastructures vétustes.
Sur le terrain, la satisfaction est palpable. Membres du comité de gestion, personnel scientifique et étudiants se sont rassemblés pour assister à la relance des travaux. Pour un étudiant, qui préfère garder l’anonymat, cette reprise est une question de fierté retrouvée : « Parfois, d’autres étudiants de la ville se moquaient de nous parce que les travaux étaient à l’arrêt. Aujourd’hui, voir le chantier reprendre est une fierté. » Ce sentiment partagé illustre l’impact psychologique et social de telles infrastructures universitaires à Kisangani. Le manque d’auditoires adaptés ne limite pas seulement l’apprentissage ; il affecte également le moral et la réputation des institutions.
L’objectif affiché par la direction est clair : répondre au déficit criant d’infrastructures et offrir un environnement propice aux exigences académiques modernes. La construction de nouveaux auditoires à l’ISTM Kisangani n’est pas un simple projet immobilier ; c’est un investissement dans le capital humain. Un enseignant présent sur place souligne : « Cela permettra de disposer de plus d’espaces pour regrouper les étudiants dans de meilleures conditions et aider les enseignants à améliorer la qualité de leurs cours. » Comment, en effet, envisager une formation de qualité lorsque les salles de cours sont surpeuplées ou inadaptées ? La reprise des travaux à Magopi répond donc à une urgence pédagogique.
Néanmoins, l’enthousiasme doit être tempéré par le réalisme. L’entreprise chargée du chantier promet une livraison dans un délai de quatre mois, mais cette échéance est conditionnée à la disponibilité des financements. L’histoire récente de ce projet montre à quel point la question budgétaire reste un point de vigilance. La direction de l’ISTM lance d’ailleurs un appel à la mobilisation et à la solidarité pour mener à bien ce chantier. Cette situation pose une question plus large : comment assurer la pérennité des investissements dans les infrastructures universitaires en RDC ? Le cas de l’ISTM Kisangani est emblématique des défis que rencontre l’enseignement supérieur congolais, tiraillé entre les ambitions légitimes et les contraintes financières.
À l’heure où le pays a plus que jamais besoin de compétences techniques et médicales de haut niveau, la modernisation des infrastructures éducatives n’est pas un luxe, mais une nécessité. La réussite de ce chantier à Magopi pourrait servir de modèle pour d’autres institutions de la Tshopo et au-delà. Elle démontre qu’avec une volonté politique et une gestion rigoureuse, il est possible de redonner de l’élan à un secteur crucial pour le développement. Les mois à venir seront décisifs. Les étudiants et enseignants de l’ISTM Kisangani, eux, gardent les yeux rivés sur les grues et les bétonnières, symboles tangibles d’un avenir qu’ils espèrent meilleur. La construction d’auditoires modernes est bien plus que du béton ; c’est la fondation de l’excellence académique de demain.
Article Ecrit par Yvan Ilunga
Source: radiookapi.net
