Imaginez une femme en fauteuil roulant, tentant désespérément d’atteindre un point de distribution d’aide alimentaire dans un quartier de Kinshasa. Les chemins sont boueux, les files d’attente interminables, et les regards parfois pesants. Cette réalité, vécue par des milliers de femmes en République démocratique du Congo, a été au cœur des discussions d’un atelier organisé par la Section Genre de la MONUSCO. En marge de la Journée internationale des droits des femmes, cette rencontre cruciale a braqué les projecteurs sur l’urgence d’une réponse humanitaire inclusive pour les femmes handicapées RDC.
Placé sous le thème international « Droits, Justice, Action pour toutes les femmes et les filles », l’atelier du 12 mars a servi de caisse de résonance à des voix trop souvent étouffées. Des femmes vivant avec un handicap, des représentants d’institutions publiques et des partenaires humanitaires se sont réunis avec un objectif commun : briser les barrières qui excluent les femmes handicapées des sphères décisionnelles et de l’aide essentielle. Comment une nation peut-elle aspirer à une paix durable si une partie de sa population est systématiquement laissée pour compte ?
Les échanges ont mis en lumière des défis persistants et poignants. L’accès à la justice reste un parcours du combattant, tandis que la stigmatisation sociale limite quotidiennement les opportunités. Mireille Affa, cheffe de la Section Genre de la MONUSCO, a martelé un message clair : l’inclusion n’est pas une option, mais une nécessité. « Il est impératif de renforcer la participation des femmes processus paix et dans la réponse humanitaire. Leurs besoins spécifiques doivent être pris en compte dès la planification des interventions », a-t-elle insisté. Son plaidoyer souligne que l’efficacité des actions de la MONUSCO atelier paix et de l’aide humanitaire dépend de cette prise en compte.
Du côté des autorités provinciales, Philomène Mboyo, représentante du ministère provincial du Genre, a abondé dans le même sens. Elle a appelé à une révolution des mentalités et des textes. « Nous devons améliorer l’accès à la justice pour ces femmes souvent marginalisées, mais aussi garantir leur participation active aux prises de décision qui engagent la vie de la nation », a-t-elle déclaré. Son intervention rappelle que les droits des femmes RDC ne seront pleinement respectés que lorsque toutes les femmes, sans aucune exclusion, pourront siéger à la table où se dessine leur avenir.
Les témoignages directs des concernées ont donné une dimension concrète et humaine à ces discussions. Elles ont partagé leur combat contre l’indifférence, le manque d’infrastructures adaptées et la difficulté à faire entendre leur voix dans les mécanismes de paix. Leur demande est simple, mais profonde : être considérées comme des actrices à part entière, et non comme des bénéficiaires passives. Pour y parvenir, des pistes concrètes ont émergé. La mise en place de quotas de participation dans les instances de dialogue et une augmentation du soutien aux projets portés par des femmes en situation de handicap figurent parmi les propositions phares.
Au-delà des bonnes intentions, cet atelier pose une question fondamentale : la société congolaise est-elle prête à embrasser une inclusion réelle ? La route est encore longue. Les engagements pris dans ces enceintes doivent se traduire par des politiques publiques tangibles, des budgets dédiés et un changement profond des pratiques sur le terrain. L’appel lancé lors de cet atelier est un rappel que la paix et le développement ne se construiront pas sur l’exclusion d’une partie de la population.
À l’issue de la rencontre, l’espoir était palpable, teinté d’une détermination farouche. Les participantes ont exprimé le vœu que ce plaidoyer ne reste pas lettre morte, mais qu’il débouche sur des actions mesurables. Le slogan « Pour toutes les femmes et les filles » résonne comme une promesse à tenir. En RDC, le chemin vers une société véritablement inclusive et pacifique passe nécessairement par la reconnaissance et la pleine intégration des femmes vivant avec un handicap. Leur combat pour la dignité et l’égalité est le combat de toute une nation.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
