À Goma, capitale du Nord-Kivu, le stade paralympique a été le théâtre d’une démonstration de force et de résilience qui a captivé les esprits. Ce jeudi 12 mars, l’association des handicapés physiques Tuungane a orchestré un événement puissant, en marge du mois des droits des femmes, visant à briser les stéréotypes et à revendiquer une place pleine et entière dans la société congolaise. Leur arme de choix ? Un match mixte de handibasket, discipline où le talent prime sur tout.
Sur le parquet, la mixité n’était pas un simple concept mais une réalité vibrante. Des femmes et des hommes, tous vivant avec un handicap physique, se sont unis pour lancer un ballon, mais surtout, un message percutant à l’adresse de la communauté : l’exclusion sociale doit cesser. Leurs dribbles et leurs passes étaient autant de coups portés contre les préjugés qui entravent leur épanouissement. Comment une société peut-elle prospérer en laissant de côté une partie de son potentiel humain ?
Au cœur de cette mobilisation pour l’inclusion sociale, le témoignage d’Aline Kahambu résonne avec une force particulière. Amputée il y a trois ans, elle a retrouvé sur le terrain de handibasket bien plus qu’une activité sportive. « Lorsque nous jouons avec les hommes, ça reflète l’égalité. J’ai été libre vraiment, jouer sans peur, vraiment je me sens à l’aise », confie-t-elle, le visage illuminé par l’effort et la fierté. Son parcours est un symbole de cette reconquête. Grâce à l’accompagnement du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), qui lui a fourni une prothèse, Aline a pu reprendre le contrôle de sa vie et affronter l’avenir avec un optimisme contagieux.
« Être handicapée n’est pas un obstacle, parce qu’être handicapée ce n’est pas dire qu’on ne doit rien faire, on doit se développer », affirme-t-elle avec une conviction qui cloue le bec à la fatalité. Son histoire, et celle de ses coéquipières et coéquipiers, illustre le combat quotidien des femmes handicapées et des personnes en situation de handicap en RDC pour une reconnaissance de leurs compétences et de leurs droits. À travers une note de plaidoyer, elles ont interpellé directement les autorités, réclamant avec fermeté un accès égal aux opportunités et une justice réelle. Leur demande est claire : il est temps que la société congolaise dépasse le stade des bonnes intentions et pose des actes concrets.
L’événement de Goma va bien au-delà d’une simple rencontre sportive. C’est un acte politique, un cri du cœur pour une citoyenneté pleine et entière. Le handibasket devient ici une métaphore puissante : le jeu d’équipe, la stratégie, l’effort collectif pour marquer des points… ne sont-ce pas les mêmes valeurs qui devraient guider la construction d’une nation inclusive ? Ces athlètes démontrent, par l’exemple, que le handicap n’est pas une fin, mais peut être le point de départ d’une formidable capacité d’adaptation et de réussite.
Le chemin reste long, semé d’embûches matérielles et de barrières mentales. Pourtant, l’optimisme affiché lors de cette journée à Goma est porteur d’espoir. Chaque panier marqué est une victoire contre l’indifférence. Chaque passe réussie tisse un lien de solidarité plus fort. Le Nord-Kivu, région souvent associée aux défis sécuritaires, montre ici un autre visage, celui d’une résilience et d’une volonté de construire un avenir commun. La balle est désormais dans le camp des décideurs et de la société toute entière. Sauront-ils saisir cette passe décisive pour bâtir une République Démocratique du Congo où chaque talent, quels que soient les défis physiques, peut s’exprimer et contribuer au développement du pays ? L’appel est lancé. La partie pour une véritable inclusion sociale est engagée.
Article Ecrit par Miché Mikito
Source: radiookapi.net
