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Harcèlement en ligne en RDC : les étudiantes de l’UCC appelées à la vigilance numérique

Le regard angoissé sur l’écran de son téléphone, une notification suffit pour que le monde de Grace, étudiante en droit à l’Université Catholique du Congo, bascule. Des messages insultants, des menaces voilées, une photo personnelle détournée. Son histoire, malheureusement, n’est pas un cas isolé dans les couloirs de l’UCC ou sur les bancs des universités kinoises. Elle illustre le quotidien numérique que dénoncent avec force les intervenantes du Salon de la jeune fille, dont la deuxième édition s’est achevée ce samedi 7 mars 2026 à Kinshasa. Comment les jeunes femmes congolaises peuvent-elles prétendre « impacter pour influencer », thème de cette édition, si leur parole en ligne est systématiquement entravée par la peur et le harcèlement ?

Face à une assemblée d’étudiantes attentives, Lydie Omanga a posé un diagnostic sans appel. Pour elle, la capacité d’impact des femmes passe nécessairement par la création d’un environnement numérique sécurisé, une responsabilité qui incombe en premier lieu aux pouvoirs publics et aux régulateurs. Elle a rappelé le rôle crucial de l’Autorité de Régulation de la Poste et des Télécommunications du Congo (ARPTC) dans la veille à une utilisation saine et responsable du numérique. « Les femmes ne peuvent pas impacter correctement si nous ne leur offrons pas un cadre où elles peuvent utiliser le numérique de manière saine et sécurisée », a-t-elle martelé, pointant du doigt la recrudescence des violences en ligne qui ciblent spécifiquement les femmes. Son message clair aux étudiantes présentes : l’usage responsable du numérique n’est pas une option, mais une nécessité pour naviguer dans un espace souvent hostile.

Mais au-delà des constats, quelles actions concrètes sont envisagées pour transformer cet environnement toxique ? L’ARPTC, selon Lydie Omanga, ne compte pas rester les bras croisés. L’institution planifie une série d’ateliers de sensibilisation dédiés aux femmes et au grand public, visant à promouvoir une utilisation responsable des outils numériques. Ces ateliers s’inscrivent dans une stratégie plus large de régulation des contenus, notamment pour lutter contre la désinformation et les abus sur les réseaux sociaux. En parallèle, un comité des femmes a été mis en place au sein de l’ARPTC lui-même, avec pour objectif d’améliorer les conditions de travail des agentes et de renforcer leurs compétences sur les enjeux du numérique. Une démarche qui, espère-t-on, aura un effet d’entraînement.

La journaliste Tina Salama est venue renforcer ce plaidoyer en insistant sur la nature paradoxale des réseaux sociaux. « Nous sommes à l’ère du numérique et il y a le bon et le mauvais côté », a-t-elle expliqué, décrivant ces plateformes comme un « couteau à double tranchant ». Elle a souligné avec une pointe d’amertume que les femmes sont trop souvent les premières victimes des dérives en ligne. Son analyse rejoint celle de nombreuses organisations féminines actives en RDC : le défi est immense et appelle une réponse à la hauteur. Pour Tina Salama, cette réponse passe par un effort massif de formation, de sensibilisation et par un encadrement ferme du secteur par l’État. Sans cela, comment garantir un usage responsable numérique Kinshasa et dans le reste du pays ?

Ces alertes lancées lors du Salon ne sont pas tombées dans l’oreille d’un sourd. Elles résonnent dans un contexte de mobilisation croissante de la société civile congolaise contre le fléau du cyberharcèlement. Partout à travers le pays, des associations dénoncent la violence qui se déplace et s’amplifie dans l’espace virtuel, ciblant avec une cruauté particulière les jeunes filles et les femmes actives. Leurs actions – sensibilisation dans les écoles, plaidoyer auprès des autorités, accompagnement psychologique et juridique des victimes – mettent en lumière l’urgence d’agir. Elles réclament des mécanismes de protection plus robustes et une prévention efficace, car chaque cas signalé en cache souvent des dizaines d’autres, tus par la honte ou la méconnaissance des recours.

Alors, quelle voie tracer pour les étudiantes UCC et toutes les jeunes Congolaises aspirant à prendre leur place dans le débat public numérique ? L’appel lancé à Kinshasa est clair : la prudence et la maîtrise des outils sont leurs premières armes. Mais cette responsabilité individuelle ne saurait suffire. Elle doit être soutenue par un engagement collectif et institutionnel ferme. La promesse d’ateliers de sensibilisation par l’ARPTC est un pas dans la bonne direction, mais qu’en sera-t-il de leur application et de leur ampleur ? La protection des femmes dans le numérique Congo exige plus que des discours ; elle nécessite des lois adaptées, une justice réactive et une éducation aux médias dès le plus jeune âge. Le chemin vers un internet congolais sûr et inclusif est encore long, mais la prise de conscience, elle, semble bel et bien enclenchée. La jeune fille d’aujourd’hui, informée et armée contre les abus, sera-t-elle la femme leader et influente de demain ? La réponse se construit maintenant, à la fois sur les écrans et dans les esprits.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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