AccueilActualitéEnvironnementKinshasa: l'érosion monstre de Kingu Selembao, une bombe à retardement

Kinshasa: l’érosion monstre de Kingu Selembao, une bombe à retardement

Imaginez une blessure béante qui grandit chaque jour, dévorant lentement mais sûrement le sol sous vos pieds. À Kinshasa, cette image cauchemardesque est devenue le quotidien des habitants du quartier Kingu dans la commune de Selembao. Une érosion gigantesque, une véritable cicatrice à ciel ouvert, menace d’avaler des maisons et de précipiter des familles entières dans le néant. Chaque pluie qui s’abat sur la capitale congolaise transforme cette faille en une arme de destruction massive, rappelant cruellement la vulnérabilité face aux dérèglements environnementaux.

Comment en est-on arrivé là ? Les causes de cette catastrophe environnementale à Kinshasa plongent leurs racines dans l’urbanisation anarchique. Apo Malonga, expert en lutte contre les érosions et habitant de la zone, pointe du doigt les constructions d’immeubles qui ont fleuri sans le moindre respect pour les règles élémentaires de canalisation des eaux. Ces bâtisses, érigées sans plan d’ensemble, ont bouleversé l’écoulement naturel des eaux de pluie. Résultat : le sol, lessivé, fragilisé, finit par céder. La célèbre tête d’érosion Parlement, située dans la cité Camping, n’est que la partie visible d’un iceberg de négligence. Trois importantes têtes d’érosion menacent en réalité le secteur, localisées sur les avenues Wado, Maman Mobutu et de la Paix, formant un triangle de danger qui encercle les riverains.

Les conséquences sont déjà tangibles et dramatiques. « Plusieurs maisons d’habitation ont disparu », déplore un habitant anonyme, la voix empreinte d’une résignation teintée de panique. Le sentiment d’abandon est palpable. « S’ils nous abandonnent, nous ne savons pas où aller. Nous risquons un jour de passer la nuit à la belle étoile. » Cette phrase résume le drame humain derrière la fracture géologique. Ces familles vivent avec une épée de Damoclès au-dessus de leur tête, ou plutôt, sous leurs fondations. Il suffirait d’une seule pluie diluvienne, si courante sous ces latitudes, pour que la terre cède et emporte tout sur son passage.

Face à l’urgence, les réponses ont jusqu’ici été insuffisantes, voire symboliques. L’ancien gouverneur André Kimbuta avait bien mobilisé des véhicules de l’hôtel de ville pour évacuer les immondices et tenter de combler le gouffre. Une opération de colmatage qui s’est révélée être un pansement sur une jambe de bois. Sans s’attaquer à la racine du problème – la gestion des eaux pluviales –, toute intervention reste vaine. L’érosion, tel un organisme vivant et vorace, continue son œuvre de sape, ignorant ces efforts superficiels.

La solution, pourtant, semble à portée de main, selon l’expert Apo Malonga. Elle ne réside pas dans des travaux pharaoniques, mais dans une infrastructure de base et intelligente : la construction de caniveaux adaptés. « Ce que nous sollicitons du gouvernement, c’est la construction de caniveaux pour diriger ces eaux », insiste-t-il. Ces caniveaux, spécialement conçus pour ce milieu accidenté du Camping, permettraient de maîtriser le flux destructeur des eaux de ruissellement, de le canaliser et de le rediriger loin des zones habitées. C’est un investissement dans la prévention, bien moins coûteux que la prise en charge future de centaines de sans-abri et la reconstruction d’un quartier entier.

L’histoire de Kingu Selembao n’est malheureusement pas un cas isolé. Elle est le symptôme d’une maladie plus large qui ronge la RDC : la gestion hasardeuse des sols et de l’eau en milieu urbain. Cette catastrophe environnementale en RDC illustre le prix à payer lorsque le développement se fait au mépris des équilibres naturels. Les têtes d’érosion sont comme les signes avant-coureurs d’un effondrement plus grand, une alarme que la société congolaise ne peut plus se permettre d’ignorer.

Le quartier Kingu, l’un des plus touchés de Selembao, attend aujourd’hui une action décisive. L’inaction n’est plus une option. Chaque jour perdu creuse un peu plus le lit d’une future tragédie humaine et écologique. La construction de caniveaux efficaces n’est pas une simple demande de riverains ; c’est une nécessité vitale, un impératif de sécurité publique et un devoir de protection des citoyens. L’heure n’est plus aux demi-mesures, mais à une mobilisation totale pour sauver ce qui peut encore l’être et garantir un avenir stable aux habitants de Kingu. La terre se délite sous leurs pieds. Jusqu’à quand resterons-nous spectateurs de cette lente disparition ?

Article Ecrit par Miché Mikito
Source: radiookapi.net

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Miché Mikito
Miché Mikito
Né au bord du majestueux fleuve Congo, à Kisangani, Miché Mikito vous propose une couverture sportive dynamique et un éclairage unique sur les enjeux environnementaux. Passionné de sport, il suit de près les compétitions locales et internationales tout en restant très attentif à la préservation des richesses naturelles du Congo. Miché est votre guide pour tout ce qui concerne le sport et l’environnement.
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