L’hôpital général de référence de Rutshuru, dans la province du Nord-Kivu, a pris une décision difficile mais nécessaire : réajuster à la hausse le coût de certains de ses services médicaux. Cette mesure, effective depuis le lundi 9 mars, vise à combler un déficit financier criant, suite au retrait brutal d’un partenaire majeur, l’Union Européenne. Comment une structure sanitaire vitale peut-elle maintenir ses services quand un appui extérieur s’évapore ? La réponse se trouve dans un rééquilibrage tarifaire douloureux, mais présenté comme incontournable pour la survie de l’institution.
Le cœur du problème réside dans la fin de l’appui financier de l’Union Européenne pour la santé dans le Nord-Kivu. Jusqu’au 30 novembre 2025, ce partenariat prenait en charge une partie significative des factures des patients, permettant à l’hôpital de fonctionner sans trop peser sur les ménages. Son arrêt soudain a laissé la structure face à des charges opérationnelles colossales, principalement l’achat de médicaments et d’intrants médicaux. Le Dr Claude Bakunzi, médecin directeur, compare la situation à un patient en état critique : « L’hôpital fait face à de sérieuses difficultés financières. Nous avons accumulé des dettes, surtout pour les produits pharmaceutiques. La majoration, bien que légère, de certains tarifs est un traitement de choc pour maintenir la qualité des soins. » Cette décision, prise avec l’équipe de la zone de santé, cherche un compromis entre la viabilité économique et la mission de service public.
Cette augmentation des tarifs à l’hôpital de Rutshuru survient dans un contexte socio-économique extrêmement fragile. Dans ce territoire, de nombreuses familles luttent déjà pour subvenir à leurs besoins essentiels. La crainte d’une réduction de l’accès aux soins est donc légitime et largement partagée. Jackson Mbula, habitant de Kiwanja, donne une voix à cette anxiété collective : « La pauvreté est omniprésente. Beaucoup de malades pourraient renoncer à se faire soigner par manque d’argent. Nous risquons de voir plus de cas d’évasion après les soins, ce qui alourdirait encore les dettes de l’hôpital liées aux médicaments. » Ce scénario redouté illustre le cercle vicieux potentiel : une hausse des tarifs destinée à résorber les dettes pourrait, en décourageant les patients, aggraver les difficultés financières de l’hôpital général de référence.
Face à ces préoccupations, comment garantir que la santé ne devienne pas un luxe ? La direction se veut pragmatique et promet une surveillance étroite. Elle assurera une évaluation régulière de l’impact de cette mesure et une adaptation des tarifs en fonction de l’évolution réelle du pouvoir d’achat. Par ailleurs, une lueur d’espoir subsiste grâce à la continuité de l’action humanitaire. L’organisation Médecins Sans Frontières (MSF) à Rutshuru maintient son appui en prenant en charge les frais dans des services spécifiques, comme la pédiatrie ou les soins liés aux violences. Cette intervention ciblée agit comme un filet de sécurité indispensable pour les patients les plus vulnérables, limitant ainsi l’effet de la hausse générale.
La crise de l’hôpital de Rutshuru est un symptôme d’un défi plus large en RDC : la dépendance des systèmes de santé publique à une aide extérieure volatile. Le retrait de l’appui de l’Union Européenne crée un vide que les ressources locales peinent à combler. Cette situation pose une question cruciale : comment bâtir une résilience financière à long terme pour nos structures de santé ? La solution passe peut-être par un mix de financements, incluant une meilleure allocation des ressources nationales, une solidarité communautaire renforcée et des partenariats internationaux plus stables et prévisibles.
Pour les populations du Nord-Kivu, l’enjeu est immédiat et concret. Il est impératif que les autorités sanitaires et leurs partenaires surveillent de près les indicateurs clés : la fréquentation de l’hôpital, le taux d’abandon de soins et le niveau d’endettement des ménages pour santé. Des mécanismes de protection sociale, comme des fonds d’urgence pour les indigents, pourraient être envisagés pour amortir le choc. La santé est un droit, pas une commodité. L’épisode de Rutshuru nous rappelle que préserver l’accès aux soins pour tous, même en temps de contrainte budgétaire, est un impératif éthique et une condition sine qua non pour la stabilité sociale.
Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd
