À l’approche de l’échéance constitutionnelle de 2028, qui doit marquer la fin du second et dernier mandat du Président Félix Tshisekedi, une course contre la montre s’engage pour la préparation du prochain cycle électoral en République Démocratique du Congo. Dans un contexte où la feuille de route 2025-2029 de la Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI) peine à être exécutée, des voix autorisées s’élèvent pour tirer la sonnette d’alarme. L’expert électoral de renom, Luc Lutala, ancien coordonnateur de la SYMOCEL, appelle à une action immédiate pour éviter que le pays ne se heurte à un mur constitutionnel.
Quelles sont les mesures urgentes à prendre pour relancer une machine électorale qui semble déjà à la traîne ? Pour Luc Lutala, la réponse est claire et sans appel : il faut immédiatement engager des réformes électorales profondes. L’urgence, selon lui, réside dans la révision de la loi organique régissant la CENI et de la loi électorale elle-même. « Ce qu’il faudrait faire maintenant, ce sont les réformes électorales pour dégager le cap des étapes à venir », a-t-il insisté, mettant en garde contre les risques d’enlisement. Ce plaidoyer intervient alors que le pays s’achemine vers des élections présidentielles et législatives cruciales pour la consolidation de sa jeune démocratie.
L’un des points névralgiques soulevés par l’expert concerne le renouvellement de l’équipe dirigeante de la CENI, dont le mandat de six ans, non renouvelable, arrive à expiration dans un an. Luc Lutala rejette l’idée que préparer ce remplacement reviendrait à « mettre la charrue avant les bœufs ». Au contraire, il justifie cette anticipation par la complexité et la lourdeur notoire du processus de désignation des membres de l’institution. Ce parcours, souvent « houleux » et source de tensions entre les parties prenantes, implique des délais parlementaires et présidentiels longs. « Si on tient compte du calendrier […] ça prend du temps et en même temps, on est en train de grignoter tout le schéma critique », a-t-il expliqué, soulignant que tout retard dans ce processus se répercuterait directement sur la planification technique des élections de 2028.
Le débat sur l’avenir de la CENI arrive à un moment opportun, alors que l’Assemblée nationale s’apprête à entamer sa session de mars. Le rapport d’activités de la CENI qui y sera présenté est, selon Luc Lutala, une formalité administrative distincte des vrais enjeux de fond. Il invite donc les parlementaires à dépasser ce simple exercice de redevabilité pour se saisir du dossier brûlant des réformes. « Il faut se placer sur la ligne du temps et le calendrier de gestion […] du prochain cycle électoral », a-t-il plaidé, avertissant que sans action législative rapide, le pays irait « dos au mur ».
Pour bien comprendre l’acuité de cet appel, un retour sur la mise en place de l’actuelle CENI est éclairant. Installée en octobre 2021 après un processus politique tumultueux, la commission n’avait atteint sa composition complète de 15 membres qu’en janvier 2022, avec l’intégration tardive des représentants de l’opposition. Cette séquence, qualifiée de « cafouillage » par ses détracteurs, illustre parfaitement les écueils que Luc Lutala redoute pour la prochaine transition. La loi organique prévoit que les membres sortants restent en fonction jusqu’à l’installation effective de leurs successeurs, une disposition qui, sans une préparation minutieuse, pourrait créer une période de flou préjudiciable à la crédibilité du processus.
La balle est donc désormais dans le camp des institutions de la République. L’appel lancé par Luc Lutala et d’autres acteurs de la société civile place les autorités politiques, tant exécutives que législatives, face à leurs responsabilités historiques. Les réformes électorales et la désignation apaisée d’une nouvelle CENI ne sont pas de simples tâches administratives ; elles constituent le socle indispensable pour la tenue d’élections crédibles, transparentes et acceptées par tous en 2028. Le respect du calendrier constitutionnel et la stabilité du pays en dépendent. Le temps de l’action est maintenant, car chaque jour perdu rapproche la RDC d’une crise de légitimité que personne ne souhaite.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
