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Nord-Kivu : Le gouverneur militaire interdit les poids lourds sur les routes en chantier

Dans les rues chaotiques de Goma, Jean, chauffeur de poids lourd depuis quinze ans, serre son volant un peu plus fort ce matin. La nouvelle vient de tomber, transmise de bouche à oreille entre conducteurs à l’arrêt devant un chantier : les camions à quatre essieux comme le sien sont désormais persona non grata sur les routes du Nord-Kivu en réfection. Une décision qui secoue tout un écosystème. « C’est mon gagne-pain qui est menacé », lâche-t-il, le regard perdu vers les montagnes de containers qui attendent d’être acheminés. Son témoignage, parmi tant d’autres, dessine les contours d’une mesure aux implications profondes.

Signée le 9 mars 2026 par le gouverneur militaire Somo Kakule Evariste, une note circulaire sonne le glas de la libre circulation pour ces mastodontes des routes. L’objectif est clair : protéger le bitume frais et les fonds publics investis. Mais sur le terrain, la nouvelle est accueillie avec un mélange de résignation et d’inquiétude. Pourquoi cette interdiction des véhicules lourds maintenant ? La réponse est inscrite dans les nids-de-poule et les crevasses qui défigurent les axes principaux de la province. Les autorités pointent du doigt le poids excessif de certains véhicules, notamment les châssis modifiés « Box Body », accusés de réduire à néant les efforts de réhabilitation des routes en RDC en un temps record.

La logique est implacable, mais elle se heurte à une réalité économique tout aussi tangible. « Sans ces camions, comment va-t-on approvisionner les marchés, les chantiers, les boutiques ? », s’interroge Marie, commerçante à Beni. Elle évoque une chaîne d’approvisionnement déjà fragile, où chaque obstacle supplémentaire se répercute sur le prix du sac de ciment, de la tôle, ou de la farine. L’interdiction de circuler pour les véhicules quatre essieux n’est pas qu’un décret administratif ; c’est un coup de frein potentiel à l’activité d’une région en reconstruction.

Les propriétaires de ces engins ont reçu un ultimatum : trente jours pour se conformer et retirer leurs machines des axes concernés. Un délai qui semble court face à l’ampleur du réajustement logistique à opérer. Que feront-ils de leurs investissements ? Se tourneront-ils vers des véhicules plus légers, au risque de multiplier les trajets et les coûts ? La mesure, bien que justifiée par la préservation du patrimoine routier, pose la question cruciale de l’accompagnement et des solutions alternatives. Quelles sanctions attendent réellement les contrevenants après ce mois de grâce ? La réglementation en vigueur reste pour l’instant floue sur les modalités pratiques de son application.

Cette décision du gouverneur Somo Kakule Evariste s’inscrit dans un paradoxe congolais bien connu : la nécessité de construire pour développer, et la difficulté de protéger ce qui est construit. Les routes en construction au Nord-Kivu sont des artères vitales pour le désenclavement et la paix. Leur dégradation rapide, souvent attribuée au trafic intensif et inadapté, est un gouffre financier et un facteur d’insécurité. En ciblant spécifiquement les poids lourds, les autorités provinciales espèrent garantir la durabilité des travaux. Mais le défi est de taille : comment concilier l’impératif de qualité des infrastructures avec le besoin immédiat de mobilité des biens et des personnes ?

Derrière cette interdiction de circulation, c’est tout un modèle à repenser. Faut-il renforcer le contrôle technique ? Investir dans des matériaux de chaussée plus résistants ? Ou repenser radicalement la logistique du fret dans l’Est de la RDC ? La mesure est un premier pas, un coup de semonce pour protéger l’investissement public dans les routes en RDC. Mais elle ne pourra être pleinement efficace que si elle s’accompagne d’une vision globale et concertée, incluant tous les acteurs de la chaîne du transport. L’enjeu dépasse la simple préservation du bitume ; il touche à la crédibilité de la reconstruction et à la confiance des populations en des lendemains plus stables. La route vers le développement est longue, et elle commence par un revêtement qui doit durer.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: mediacongo.net

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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