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Accord de Washington : le COMOSA évalue la mise en œuvre à seulement 31%

La publication du premier rapport d’observation du Collectif des Médias pour l’Observation et le Suivi des Accords de paix en RDC (COMOSA) jette une lumière crue sur les limites du processus de paix entre Kinshasa et Kigali. Dix mois après la signature de l’Accord de Washington, le bilan, chiffré à un taux de réalisation global de 31%, dévoile les contours d’un engagement institutionnel formel mais structurellement fragile, miné par un fossé persistant entre les déclarations d’intention et les actions concrètes sur le terrain.

Ce document, rendu public ce mardi 10 mars à Kinshasa, couvre la période critique allant de la signature de l’accord le 27 juin 2025 jusqu’aux sanctions contre l’armée rwandaise annoncées le 2 mars 2026. Le collectif médiatique, en se positionnant comme un tiers observateur, ambitionne de fournir une grille de lecture indépendante et rigoureuse de la mise en œuvre accord RDC Rwanda, considérée comme l’un des cadres diplomatiques les plus importants pour la stabilisation régionale. Mais ce premier rapport dresse un constat sans appel : le processus est institutionnellement engagé, mais opérationnellement boiteux.

Comment expliquer un taux de mise en œuvre aussi faible, près d’une année après la signature d’un accord présenté comme historique ? Les parties prenantes ont-elles réellement la volonté politique de transformer les engagements en actes irréversibles, ou assiste-t-on à une nouvelle mise en scène diplomatique où les formes l’emportent sur le fond ? « Près de 10 mois après son entrée en vigueur, l’Accord de Washington demeure un cadre structurant. Toutefois, les développements sécuritaires récents ont mis en évidence la fragilité persistante de la mise en œuvre effective », affirme Jonas Kota, membre du COMOSA, résumant le paradoxe d’un processus désormais articulé autour des initiatives de Washington, Doha et Lomé, mais dont la crédibilité est mise à mal par des incidents sécuritaires répétés.

L’analyse détaillée par axe révèle des disparités significatives. Sur le plan institutionnel, la note est relativement positive avec 70% de réalisation, les mécanismes prévus ayant été mis en place et fonctionnant formellement. Cependant, cette façade institutionnelle masque une réalité sécuritaire alarmante, évaluée à seulement 20%. L’épisode de la prise puis de la libération d’Uvira, ainsi que les éléments ayant conduit aux sanctions américaines, sont venus rappeler avec force que les mécanismes de prévention et de correction des violations présentent des limites opérationnelles criantes. Le pilier économique, quant à lui, est à la traîne avec un taux de 15%, les projets d’intégration régionale restant largement déclaratifs dans un contexte où l’insécurité continue de saper toute crédibilité.

La dimension politique n’est pas en reste, avec une cohérence et une confiance mutuelle évaluées à 20%. L’articulation du processus Washington Doha Lomé, si elle peut être vue comme un élargissement des efforts de médiation, traduit également une certaine fragmentation diplomatique et une méfiance latente entre les capitales. Cette multiplication des cadres ne risque-t-elle pas, in fine, de diluer les responsabilités et d’offrir des échappatoires aux parties réticentes ? La question mérite d’être posée, alors que plusieurs engagements majeurs, notamment concernant la non-présence de forces étrangères et la protection des civils, demeurent lettre morte.

Face à ce tableau en demi-teinte, le COMOSA rapport paix formule une série de recommandations ciblées. Il appelle au renforcement des mécanismes de surveillance et à l’instauration d’un dispositif d’alerte rapide crédible. Politiquement, il plaide pour la consolidation d’un cadre d’accompagnement cohérent des différents processus et pour éviter toute instrumentalisation des dialogues. La balle est désormais dans le camp des signataires et de la communauté internationale. La crédibilité de l’Accord de Washington et, par extension, de l’ensemble de l’architecture de paix régionale, se jouera sur leur capacité à transformer des engagements politiques en mesures concrètes, vérifiables et centrées sur la sécurité des populations.

Le processus de paix dans les Grands Lacs se trouve à un carrefour critique. Les parties jouent gros avec la mise en œuvre de cet accord, dont l’échec ou l’enlisement pourrait non seulement fragiliser durablement la région mais aussi discréditer pour longtemps les cadres diplomatiques multilatéraux. Le rapport du COMOSA agit comme un miroir tendu, reflétant les avancées formelles mais surtout les retards substantiels. La suite dépendra de la volonté de dépasser les postures pour entrer dans l’ère des actes. L’espoir d’une stabilisation durable pour les populations civiles, premières victimes des tensions récurrentes, en est le principal enjeu.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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